Lorsque vous postulez à une offre d’emploi, vous vous doutez bien que vous êtes loin d’être le/la seul(e) en lice pour le poste. Et plus il y a de candidats, plus le choix sera compliqué pour l’entreprise. Celle-ci devra alors commencer par effectuer un premier filtrage classique avec tout ce qui concerne le profil des candidats, leurs expériences et leurs compétences respectives…

Si cela ne suffit pas, elle doit se résoudre à affiner sa sélection en utilisant des critères beaucoup moins traditionnels, et parfois même assez douteux : âge, sexe, situation familiale, origine ethnique, délit de sale gueule, signe astrologique (si si, véridique)…, et plein d’autres encore, la liste n’est pas exhaustive.

Si vous êtes recalé uniquement parce qu’un autre postulant avait un meilleur profil que vous (plus d’expérience, par exemple), il n’y a pas de regrets ni d’amertume à avoir. Tout juste pouvez-vous déplorer le fait qu’il n’y ait pas eu quelque chose d’intéressant à la télé le jour où le candidat choisi à votre place a été conçu.

Mais quand vous apprenez que votre candidature a été rejetée pour un motif qui vous semble futile, vous êtes forcément moins disposé à garder votre calme ; à plus forte raison quand vous êtes au chômage depuis si longtemps que vous n’osez même plus répondre à cette question quand on vous la pose.

Figurez-vous que c’est de cela dont l’article d’aujourd’hui va parler (quelle surprise, n’est-ce pas…).

 

J’avais trouvé une offre via une agence d’intérim pour une mission de quelques mois en webmarketing. Après y avoir postulé, j’ai été reçu en entretien au sein de l’agence en question.

L’entretien se passe très bien, mon profil correspond totalement aux attentes de l’entreprise et, ô miracle, mon inactivité ne semble pas être un frein. Seul petit bémol : l’entreprise qui recrute se trouve à plus de 50 kilomètres de mon domicile. Ce détail étant mentionné dans l’offre, j’y avais postulé en toute technique d’arrosage ; pardon, en toute connaissance de cause (ah bah oui, faut regarder Kaamelott, bande d’incultes).

Avant de transmettre ma candidature à l’entreprise, le recruteur de l’agence d’intérim me demande donc de lui confirmer que le poste m’intéresse malgré la distance. Je lui réponds que je suis prêt à faire la route tous les jours, voire à déménager si mon contrat venait à se prolonger, la durée de la mission n’étant pas clairement définie.

C’est en effet la règle d’or en matière d’entretiens d’embauche, LE conseil Highlander ; s’il ne devait en rester qu’un, ce serait celui-là : dire oui à tout ce qu’on vous demande.

Vous seriez prêt à déménager pour vous rapprocher de votre lieu de travail ? => Oui !

Vous accepteriez d’effectuer de temps à autre des missions qui sortent de votre champ de compétences et de vos fonctions habituelles ? => Oui !

Vous accepteriez d’effectuer de temps à autre des déplacements même si on vous présente le poste comme étant sédentaire, le tout en utilisant votre propre véhicule et sans remboursement des frais d’essence ? => Oui !

Vous seriez prêt à faire de temps à autre très régulièrement des heures supplémentaires non payées, et tant pis si ça vous empêche d’aller chercher votre môme à l’école et que du coup il doit rentrer seul, y compris l’hiver quand le soleil se couche tôt alors que bon, il y a quand même un dangereux pédophile qui sévit dans la région depuis quelques mois et qui a déjà violé et tué (pas toujours dans cet ordre-là, d’ailleurs) une dizaine de gamins ? => Oui !

Là encore, la liste n’est pas exhaustive. Mais pas besoin d’autres exemples, à partir du moment où vous avez bien intégré que « oui » est la seule réponse acceptable, dans le sens où le fait de répondre « non » à l’une ou l’autre de ces questions vous vaudra d’être éliminé de la course au job (cf. l’affinage de la sélection tel qu’expliqué au tout début de l’article).

De là à dire que vous tiendrez vos promesses… au moment de l’entretien, on n’en est pas encore là. Le plus important est d’obtenir le poste. Derrière, rien ne vous oblige à obéir à des exigences non contractuelles. Il y a bien entendu le risque que cela se retourne contre vous si, au bout de quelques semaines, vous déclarez à votre supérieur que vous ne déménagerez finalement pas, ou encore que vous n’employez l’expression « heures supplémentaires » qu’au singulier. Il faut jongler entre tout faire pour obtenir le boulot et tout faire pour le conserver… À vous de voir, mais revenons à nos moutons.

 

Ayant tout cela bien en tête, j’assure donc à mon interlocuteur que la distance entre mon domicile et l’entreprise n’est aucunement un problème, d’autant plus que j’ai déjà vécu cette situation lors de mon précédent emploi, et qu’il peut donc transmettre ma candidature à l’entreprise.

Comme d’habitude, on me promet une réponse rapide qui n’arrivera pas rapidement, pour la simple et bonne raison qu’elle n’arrivera pas du tout. Habitué à me prendre des vents, je rappelle l’agence d’intérim puisque je sais que c’est le seul moyen d’obtenir cette réponse que je devine négative. Dans le cas contraire, j’aurais déjà été recontacté…

Le troufion qui m’a reçu m’informe donc que ma candidature n’a pas été retenue car cela gênait l’entreprise que j’habite aussi loin. Selon eux, j’aurais été incapable d’être ponctuel tous les jours. Comme pour mieux m’enfoncer, il ajoute que « l’entreprise est persuadée que vous feriez l’affaire mais ils préfèrent recruter quelqu’un qui habite plus près ».

Tout en étant rassuré d’entendre que mon profil est susceptible de plaire à un recruteur, cela ne me console pas du tout. Bien au contraire, je suis totalement frustré de constater qu’on m’écarte d’un recrutement pour un motif aussi futile. Je comprends l’inquiétude de l’entreprise mais cela ne change rien au fait qu’on rejette ma candidature pour un poste auquel je pouvais convenir en se basant sur un critère autre que mes compétences.

 

Connaissant le nom et la localisation de l’entreprise (et ayant du coup toujours beaucoup de temps à ma disposition), j’ai essayé de voir si elle était entourée de communes suffisamment peuplées pour se permettre de me dire merde uniquement à cause de l’éloignement géographique. Verdict : il y a une grande ville à 80 bornes, soit grosso merdo autant que la distance me séparant de cette entreprise. Donc si elle s’en tient à son raisonnement, ce n’est pas là-bas qu’elle ira faire son marché.

Sinon, il y a trois villes moyennement importantes qui sont relativement proches du trou perdu où se trouve la boîte, mais elles rassemblent à peine 70 000 habitants à elles trois. C’est un peu maigre… Alors bon, ce n’est pas impossible qu’il y ait des profils similaires au mien dans les environs, mais on n’est pas en région parisienne non plus. Je trouve cela donc assez étrange de recaler des candidats uniquement parce qu'ils habitent un peu loin.

De toute façon, depuis le temps que je glande, j’étais carrément prêt à me lever avant le coq et à faire une heure de route pour aller bosser, et même à y aller en pédalo s’il le fallait ! Le recruteur de l’agence d’intérim m’a dit qu’il avait bien insisté sur ma motivation pour tenter de faire pencher la balance en ma faveur, mais que l’entreprise n’a rien voulu entendre.

Encore une fois, je comprends les inquiétudes du recruteur… Mais ils auraient au moins pu me tester, ou à défaut de cela, me recevoir en entretien pour me permettre de leur prouver que la distance ne serait pas un problème.

D’autant plus que le poste n’était pas un CDI mais une mission en intérim dont la durée ne devait pas excéder trois ou quatre mois. Les longs allers-retours ne m’auraient donc pas posé de problèmes particuliers sur une si courte période. Sauf, bien entendu, si cette soi-disant mission en intérim n’était qu’une période d’essai déguisée, permettant à l’entreprise de tester un candidat sur une durée plus longue qu’une période d’essai traditionnelle. Cette pratique – bien évidemment interdite – est relativement courante ; j’aurai l’occasion d’en parler plus en détail dans un futur article, c’est déjà prévu.

 

À côté de ça, quand j’entends qu’on veut obliger les demandeurs d’emploi à accepter un poste dans un rayon de jesaipucombiende kilomètres, ça me fait doucement rigoler… Comme si on passait notre temps à refuser du boulot ! On essaye de faire croire que ce sont les chômeurs qui rechignent à accepter certaines conditions de travail (en l’occurrence ici, exercer un emploi loin de son domicile), alors que le problème vient également des entreprises.

Et n’allez pas croire que je me permets de faire de mon cas une généralité. Quand j’en ai parlé à ma conseillère Pôle Emploi, elle m’a raconté une anecdote similaire à propos d’un candidat recalé à un entretien. Étant en charge du dossier, elle avait contacté l’entreprise pour lui demander les raisons de son refus. La recruteuse lui avait répondu que c’était à cause de la distance entre le domicile du candidat et le siège de l’entreprise, ces deux lieux étant chacun situés dans des communes différentes, l’une au nord d’une grande ville et l’autre au sud. Sauf que cette fameuse distance mirobolante n’était que de… 15 kilomètres ! Recalé pour 15 bornes… À la place du mec, j’aurais eu des envies de meurtre ! Assez mécontente, ma conseillère avait ensuite titillé la recruteuse en lui demandant où elle habitait ; et bien figurez-vous que la distance entre son domicile et l’entreprise était encore plus importante que dans le cas de la personne dont elle avait rejeté la candidature ! Faites ce que je dis mais pas ce que je fais...

Sérieusement, vous habitez tous à trois rues de votre lieu de travail ? J’aurai un autre exemple similaire d’ici une douzaine d’épisodes.

Une douzaine, ouais. Le blog est loin d’être fini… -_- '

 

Générique : Oasis - Going Nowhere