… Melon contacte le recruteur par e-mail et Melèche partout.

Pourquoi cet élan de grivoiserie sur un blog d’ordinaire tout public ?

Parce que j’ai assisté, à mon corps défendant, à une répugnante séance de web-suçage de recruteur. Et comme je suis sympa, je vais vous faire partager ma nausée.

 

En faisant mes recherches habituelles (oui oui, je m’acharne), je tombé sur une offre (miracle) publiée sur le site du Pôle Emploi (doublette !). Les coordonnées de l’entreprise étant indiquées, je fonce visiter son site Internet pour y glaner un peu plus d’informations.

Sur le site, je retrouve l’offre en question qui y est beaucoup plus développée que sa version Pôle Emploi. En parcourant la page, je constate qu’un visiteur a ajouté un commentaire. Il s’agit d’un demandeur d’emploi – au hasard, appelons-le Étienne – qui a postulé à l’offre par e-mail et qui a écrit ce message afin d’insister auprès du recruteur sur le fait qu’il lui a envoyé sa candidature. Étienne en profite pour glisser l’adresse de son CV sur DoYouBuzz et de ses différents profils sur les sites spécialisés : Viadeo, Twitter,…etc.

Histoire de juger le loustic sur pièce, je me rends sur son compte Twitter. Et là, je constate  qu’Étienne a également envoyé un tweet quelques jours plus tôt à l’entreprise ainsi qu’à son dirigeant, toujours pour rappeler qu’il a envoyé sa candidature et pour glisser un lien vers son CV en ligne.

 

Donc pour résumer, ce jeune homme, que nous qualifierons de « déterminé », a :

- envoyé une candidature par e-mail ;

- envoyé un message à l’entreprise via son compte Twitter pour relancer sa candidature ;

- envoyé le même message au dirigeant de l’entreprise, toujours sur Twitter ;

- envoyé le même message en commentaire de l’offre sur le site web de l’entreprise, probablement parce qu’il n’avait pas obtenu de réponse à ses précédents essais.

 

+150 points au challenge de la plus grosse suceuse. Katsuni peut prendre sa retraite, la relève est assurée. Cela dit, au prix des pantalons de costard, je conseillerais à Étienne de mettre un tapis sous ses genoux quand il… passera des entretiens.

Avec tout ça, si l’entreprise n’est pas au courant que ce mec est intéressé par le poste… Il ne manque plus que le pigeon voyageur et la corbeille de fruits. Enfin, je dis ça mais je n’ai aucune preuve qu’il ne l’a pas fait. Le cas échéant, je n’en serais même pas étonné.

 

Plus sérieusement, c’est ÇA qu’il faut faire pour décrocher un job ? Quand on dit que tous les candidats se ressemblent et qu’ils doivent chercher à se démarquer, c’est ÇA que l’on attend de nous ? Harceler les recruteurs jusqu’à leur faire imprimer au plus profond de leur cerveau qu’on souhaite obtenir le poste ?

Dans un registre légèrement différent, je vous avais soumis une réflexion similaire dans un précédent article sur l’attitude à adopter après un entretien. Il est en effet de coutume, chez les professionnels du recrutement, de conseiller aux candidats d’envoyer un message au recruteur directement après l’entretien pour le remercier de nous avoir reçu et lui rappeler qu’on avait tout bien compris tout ce qu’il nous avait dit et qu’on était toujours hyper ultra motivé à fond de la mort qui tue. Pour ma part, je me dis que si t’as pas réussi à prouver ta motivation en entretien, c’est pas une fois rentré chez toi que tu vas réparer les dégâts.

Même si le cas présent est différent, puisqu’il n’y a pas encore eu d’entretien, on retrouve chez Étienne la même insistance que je trouve particulièrement lourde. Et surtout… bah ça fait suce-boules ! J’essaye de me mettre à la place d’un recruteur : si un candidat agit de cette manière avec moi, je trouve ça too much et je ne me gène pas pour le lui faire remarquer. Le gars perd des points à coup sûr. Si c’est une nana, ça se discute, et je peux éventuellement être amené à tester sa capacité à… me prouver sa motivation.

En plus du côté lèche-bottes, je trouve surtout que ça sonne faux et pas du tout spontané. Du genre « Allez faut que je fasse ça même si ça ne me correspond pas, mais bon ça va plaire au recruteur ». En terme de démarche tout sauf naturelle et complètement faux-cul, il y a déjà la lettre de motivation qui est un ramassis de phrases bateaux qu’on ne prononce jamais dans la vie de tous les jours, pas même pendant un entretien d’embauche.

De A à Z, tout ce processus scrupuleusement respecté sonne faux. C’est d’autant plus paradoxal quand on sait, comme je le disais précédemment, que ce comportement est très largement encouragé par les professionnels du recrutement. Or, si tous les demandeurs d’emploi agissent de cette manière, il me semble compliqué d’arriver à se démarquer. À moins d’être le candidat qui sécrètera le plus de salive.

Cela dit, dans le lot de celles et ceux qui agissent de la sorte, il y en a peut-être certain(e)s qui ne forcent absolument pas leur nature ainsi. Grand bien leur en fasse, à condition de veiller à ne pas se claquer les muscles de la langue.

De mon côté, en étant apparemment l’un des seuls à ne pas chercher à tout prix à obtenir de la semence de recruteur, je me démarque. C’est probablement pour ça que je me fais recaler à chaque candidature.

 

« C’est donc ça… ? C’est donc ça la vie, Manny ? Dîner, picoler, baiser, sucer, renifler... Et après ? Dis-le moi, et après ? »

Al Pacino – Scarface

 

Et après ? Bah rien. J’ai pas prévu de changer ma façon de voir les choses, ma langue est très bien où elle est.

Je sais, Scarface est un film culte chez les wesh wesh parce qu’ils idolâtrent un baron de la drogue parti de rien, alors que l’histoire se finit horriblement mal pour lui – une morale qui leur échappe car ils sont probablement trop stupides pour rester concentrés jusqu’à la fin du film. À ce titre, j’aurais donc pu m’abstenir d’y faire référence ; mais cette récupération douteuse effectuée par une partie de notre jeunesse dorée poudrée ne doit pas occulter le fait qu’il s’agit d’un excellent long-métrage et que la scène en question est mythique.

Revenons à nos moutons.

Figurez-vous que je n’ai pas eu le boulot. Je n’ai même pas reçu de réponse de la part du recruteur, même si c’est une précision dont je pourrais faire l’économie tant elle est récurrente dans mes articles. Cet aspect du comportement des entreprises est systématique dans mes recherches d’emploi, et dans les vôtres aussi si j’en juge par les témoignages que je reçois de temps à autre.

Étienne non plus n’a pas été pris. En tout cas, c’est ce que j’en ai déduis en retournant consulter régulièrement ses différents profils en ligne, ces derniers n’indiquant pas que l’entreprise l’avait recruté.

Comme quoi, hein… Je laisse à chacun(e) le soin de trouver la morale de l’histoire.

 

Générique : …

 

Hop hop hop, deux minutes ! De nouveaux événements se sont produits, qui me poussent à modifier ma conclusion.

Bah oui, il s’est écoulé du temps entre l’écriture de cet épisode et sa publication.

On me glisse dans l’oreillette qu’Étienne a trouvé un job dans une autre entreprise.

Comme quoi, hein… Nan bah en fait, oubliez la morale.

« Couchez-vous toutes, bande de putes ! C’est l’heure du missionnaire ! »

 

Générique : Guesch Patti – Étienne