J’ai retravaillé.

Et bam, le début d’article choquant balancé comme ça en pleine poire sans prévenir.

Ça n’a rien à voir avec le boulot que je viens de trouver il y a quelques semaines et dont je parlais dans un précédent article. L’histoire que je vais vous raconter remonte à l’année dernière.

Donc je disais, j’ai retravaillé. Et comme vous vous en doutez, ça ne s’est pas fait sans heurts. Ça ne m’est pas tombé dessus d’un coup et il y a même eu quelques dommages collatéraux, et pas des moindres. J’annonce : je vais vous balancer du gros dossier.

Tout commence par une offre d’emploi un peu bizarre où l’entreprise parle de missions en référencement, en communication ainsi qu’un peu d’assistanat commercial, le tout condensé en aussi peu de mots que le paragraphe que vous lisez actuellement.

Dans le doute, j’envoie ma candidature. Je suis rappelé quelques jours plus tard. Mon interlocutrice souhaite faire un peu le point sur mon parcours, et notamment sur le trou dans mon CV.

Et là, c’est le drame : je perçois à l’autre bout du fil un net changement de ton et un léger recul que je ne vois évidemment pas mais que je devine aisément. D’habitude, c’est le genre de mésaventure qui survient au moment de l’entretien et qui m’indique clairement que le processus de recrutement est fini pour moi. M’enfin là, c’est un peu tôt… Toujours est-il que je suis tout de même convoqué à la soirée de recrutement où je serai confronté avec mes concurrents. Ça tombe bien, j’avais jamais partouzé dans mes recherches d’emploi.

 

Le jour J, j’arrive assez largement en avance. Je suis donc le premier sur place et je m’assieds en attendant la suite des événements. Au bout de quelques minutes, une candidate entre à son tour. Puis une autre. Encore une femme, donc. Ah bah tiens, encore une autre.

L’heure tourne, la secrétaire s’excuse du retard pris par le responsable devant nous accueillir, mais cela permet aux retardataires d’arriver. Comme cette candidate-ci, ou cette candidate-là. Je continue de ronger mon frein et de regarder mes pieds, ne levant la tête qu’en de rares occasions pour constater qu’une nouvelle demoiselle nous a rejoint, et qu’on ne vient toujours pas nous chercher.

C’est un peu avant 19h que le dirigeant de la boîte se décide à entrer en scène et à nous inviter à le suivre en salle de réunion, où je me retrouve avec… sept concurrentes. Pas un seul autre mec. Non pas que je sois un affreux macho, mais le fait est que le webmarketing ne pullule pas particulièrement d’oestrogènes. Statistiquement, sept femmes sur huit candidats pour un recrutement dans ce domaine, c’est hautement improbable. Par ailleurs, certaines d’entre elles ont l’âge d’avoir assisté à la naissance du Minitel. Le portrait-robot du webmarketeur étant à des années-lumière du chromosome XX ayant dépassé la date limite de consommation, cette situation m’étonne au plus haut point.

Un rapide tour de table servant à nous présenter me permet de comprendre cette anomalie qui n’en est finalement pas une. En effet, l’entreprise avait publié différentes versions de son offre d’emploi et, apparemment, je suis le seul à être tombé sur celle mentionnant le référencement comme faisant partie des missions. Toutes mes concurrentes ont postulé à une offre mettant en avant les tâches d’assistanat commercial. Bref, je suis entouré de sept secrétaires. Comme les sept mercenaires, mais avec un téléphone à la place du flingue. Autant elles ont l’air calé en prise de notes et en transfert d’appel (paye ton cliché), autant le référencement ne semble pas du tout faire partie de leurs compétences.

Pourtant, et malgré la propension du dirigeant à s’adresser à nous en commençant ses phrases par « Mesdemoiselles… ah, et Monsieur aussi, désolé ! », l’entreprise cherche bel et bien à recruter quelqu’un ayant des connaissances en webmarketing car elle a des lacunes en la matière.

Plus précisément, la société se décline en quatre agences, chacune ayant son assistante commerciale qui s’occupe également de référencement (enfin pas exactement, j’y reviendrai plus tard) alors qu’aucune d’entre elles n’y connaît quoi que ce soit. L’entreprise souhaite recruter deux assistant(e)s, dont un(e) qui soit un peu calé dans ce domaine. Étant le seul dans ce cas, je reste raisonnablement confiant sur la suite des événements.

La suite immédiate, c’est un speed dating recruiting où chacun(e) d’entre nous est reçu à tour de rôle par le dirigeant et deux de ses acolytes. Il faut donc déterminer l’ordre de passage et, trop bon trop con, je propose de laisser les demoiselles passer avant moi. La preuve en est que je ne suis pas si macho que ça, n’est-ce pas ?

Une fois mon tour venu, l’entretien se passe plutôt bien. Mes interlocuteurs n’insistent pas outre mesure sur mon inactivité, tandis que mon profil de webmarketeur semble les intéresser. C’est donc sur ce bon feeling que la première étape de ce recrutement s’achève.

C’est pas tout ça mais il est temps de rentrer au bercail. Parce que bon, j’ai omis de préciser que c’était un chouïa loin de mon domicile. Le temps de me paumer dans la direction opposée, de reprendre la bonne route et d’avaler le bitume, je finis par enfin poser mon croupion chez moi à 23h30. Qui a dit que les chômeurs étaient des feignasses ? :p

 

Quelques jours plus tard, j’apprends que je fais partie des quatre heureux élus convoqués pour un second entretien.

« Heureux élus », oui. Le masculin l’emporte à un contre trois et même à un contre 300, n’en déplaise à certaines à qui je me fais un malin plaisir de glisser cette petite dédicace ici.

Bref, pour la suite du recrutement, je dois effectuer un exercice typique de ceux confiés à une assistante commerciale (no comment) dans un délai imparti. Je suis ensuite reçu par la directrice commerciale qui se trouve être également l’épouse du dirigeant.

Cette dernière émet très vite des doutes sur mon inactivité (rien de très étonnant jusque-là), mais également sur mes motivations. Elle se demande en effet si je suis réellement intéressé par un poste d’assistant commercial. Je lui réponds que c’est bien évidemment l’aspect webmarketing qui m’attire principalement mais que je n’aurai aucun problème à effectuer ponctuellement d’autres missions, telles que celles prévues dans l’annonce. Ma défense a eu l’air de faire mouche puisque j’ai réussi à passer ce deuxième obstacle malgré les a priori de Madame.

Nous ne sommes maintenant plus que trois en lice pour deux postes. Pour l’étape suivante, nous ne sommes pas convoqués à un entretien mais à une formation en webmarketing organisée à l’initiative du dirigeant et à laquelle il a convié les cadres de ses quatre agences. La formation est assurée par deux intervenants dont la société effectue déjà des prestations de référencement commercial (achat de mots-clés, du genre Adwords) pour l’entreprise.

Cette formation commence par une présentation basique du référencement au cours de laquelle je m’ennuie fermement. Puis la discussion embraye vers l’animation de pages Facebook car c’est sur ce sujet que le dirigeant estime que son entreprise est à la traîne par rapport à certains de ses concurrents. Rien de bien folichon là encore, et nous prenons congé de notre peut-être futur patron qui promet de vite nous tenir informés de sa décision.

De mon côté, je commence à étudier la situation… L’entreprise a deux postes d’assistant(e) commercial(e) à pourvoir et à qui elle aimerait confier des missions de webmarketing. Dans l’idéal, l’un(e) des assistant(e)s pourrait prendre en charge le référencement des sites Internet des quatre agences afin de soulager ses homologues pour qui cela reste du chinois. Trois candidats sont en lice : deux qui ont quasiment le même profil d’assistante commerciale, et moi qui suis spécialisé en webmarketing. La logique voudrait donc que l’entreprise recrute une assistante et un référenceur…

Après avoir réfléchi à cela, je me dis que ça ne sert à rien de me torturer l’esprit puisque la décision ne dépend pas de moi et que le recruteur ne tiendra peut-être pas du tout le même raisonnement. Je laisse donc tout cela de côté jusqu’au jour où je suis supposé recevoir la réponse.

 

Le jour J, mon téléphone reste désespérément muet. Ça pue… Je rappelle le dirigeant qui m’informe que je n’ai pas été retenu. Bah tiens, tu m’étonnes... La raison invoquée est que, tout compte fait, les besoins de l’entreprise en référencement ne sont pas assez importants pour justifier l’embauche de quelqu’un dédié à ces missions. Selon le dirigeant, il ne s’agit que d’animer les pages Facebook des agences ; il estime donc que cela ne prend que 5% du temps des assistantes commerciales, une heure à l’arrache en fin de semaine, un post-it égaré sur le bureau servant à rappeler qu’il faut torcher ça avant de se barrer en week-end.

C’est la même personne qui nous avait dit que sa boîte avait des lacunes en référencement et qu’il souhaitait y remédier au plus vite, et qui m’explique désormais qu’il ne souhaite pas changer le fonctionnement actuel dans lequel cette mission est confiée à des nénettes qui n’y connaissent rien et qui y consacrent une portion infime de leur temps de travail.

Cependant, il me dit qu’il est persuadé qu’il y a, je cite, « quelque chose à faire » avec moi au niveau du webmarketing. Lors du tout premier entretien, je lui avais glissé la carte du consultant qui, à la même époque, me suivait dans ma réorientation. Le dirigeant me dit donc qu’il a appelé le consultant et que ce dernier m’a énormément défendu et l’a incité à me tester pour me donner ma chance.

Le cabinet de consultants étant habilité à fournir des conventions de stage, le recruteur me propose d’effectuer un stage de deux semaines – la durée maximum règlementairement prévue – au cours duquel je pourrai prouver que l’entreprise a besoin d’une personne prenant en charge sa communication sur Internet.

Sa versatilité sur le sujet me refroidit mais je ne peux décemment pas laisser passer l’occasion de retravailler, ne serait-ce que pour un stage de deux semaines. C’est pas grand-chose mais ça remplira toujours un peu mon CV. Et si j’ai d’autres entretiens par la suite, je pourrai dire « Heyyyyyyyy azy mate mate, t’as vu t’as vu, j’ai travaillé récemment, azy azy embauche-moi ! ».

Oui mais voilà, ce n’est pas aussi simple que ça… Je décide en effet d’appeler le consultant pour le remercier de son soutien, pour faire le point sur la conversation qu’il a eue avec le recruteur et pour parler du stage et de ses modalités. Sauf que je vais en apprendre une bonne qui va me déboîter les pattes arrière.

J’informe le consultant de ce que le recruteur m’a dit, à savoir qu’il n’a pas retenu ma candidature car il a estimé que les profils des deux assistantes commerciales correspondaient plus aux besoins de l’entreprise. Ce à quoi il me répond « Mais non, pas du tout…. ». Il me dit que la véritable raison de ce refus est mon inactivité et que cela a surtout été rédhibitoire aux yeux de la femme du dirigeant qui a tout fait pour le convaincre de ne pas m’embaucher.

Le consultant insiste bien sur le fait que c’est surtout elle qui était opposée à mon recrutement et que c’est son époux, plus nuancé sur le sujet, qui a pris l’initiative de me donner une chance en me proposant ce stage.

J’avais déjà remarqué durant notre entretien qu’elle n’était pas franchement emballée à l’idée que je vienne grossir les rangs de leur entreprise, mais je ne pensais pas susciter chez elle une réaction aussi épidermique.

J’en ai déjà parlé à de nombreuses reprises sur ce blog, je n’apprécie que modérément qu’on me fasse la morale sur mon inactivité : non seulement c’est loin d’être uniquement de ma faute, mais en plus ma situation ne risque pas de s’arranger si tous les recruteurs raisonnent de cette manière.

Mais là, que ce jugement de valeur sur mon parcours professionnel provienne d’une nana qui a été nommée directrice commerciale – rien que ça – par son propre mari, ça m’est sensiblement resté en travers de la gorge.

Dans « Vanina Vanini », Stendhal (ça vous la coupe, hein ?) fustigeait, par le biais de son héroïne, les enfants de bonne famille en disant d’eux qu’ils n’avaient rien fait de plus que, je cite, « se donner la peine de naître ». Cette merveilleuse expression, qui m’avait déjà fortement marqué quand j’ai lu ce bouquin il y a de nombreuses années, m’est revenue en mémoire au moment où je me suis fait poignarder (dans le dos, évidemment) par une femme qui, à mon sens, s’est uniquement donnée la peine de se faire… mettre la bague au doigt. ^_^

À la base, j’étais partant pour le stage. Mais en entendant cela, je réponds au consultant que je ne suis plus très motivé à l’idée de bosser quelque part où l’on ne veut pas de moi. Si c’est pour avoir constamment sur le dos une bêcheuse qui va clairement me faire comprendre qu’elle ne peut pas me blairer, je préfère passer mon tour. Mais le consultant me rétorque qu’elle ne montrera peut-être pas tant de mauvais sentiments à mon égard et que, de toute façon, c’est le dirigeant qui a proposé l’idée et qu’il me soutiendra donc probablement. L’argument m’ayant convaincu, j’accepte finalement d’effectuer ce stage.

 

Après être allé chercher ma convention de stage, je retourne à l’agence pour la faire signer par le dirigeant et fixer avec lui les dernières modalités des deux semaines à venir (horaires, missions…etc.).

Il en profite pour revenir sur sa décision de ne pas me recruter. Il se garde bien de me donner la vraie raison, ne se doutant évidemment pas que le consultant a vendu la mèche. Il me sort ensuite un speech sur le fait qu’il est compliqué pour une entreprise de recruter car, si la personne ne fait pas l’affaire, l’entreprise ne pourra pas la renvoyer. Il affirme donc que les préjugés sur les patrons sont injustes et qu’il ne faut pas croire que les boîtes refusent de recruter ; au contraire, elles aimeraient bien le faire si les conditions d’embauche et de fin de contrat étaient plus souples.

Personnellement, l’argument ne me choque pas et je suis même assez d’accord.  Je ne vais pas lancer le débat ici, mais le fait est que certains pays d’Europe sont plus flexibles à ce niveau : il est plus facile de trouver un boulot, mais il est aussi plus facile de le perdre. Je ne fais pas l’apologie de ce système-là, mais le fait est qu’il existe et que je comprends l’argument de mon interlocuteur.

Mais en se plaignant ainsi des idées reçues sur les patrons, il oublie juste un tout petit détail : c’est justement sur la base de préjugés sur mon inactivité que son épouse et lui ont décidé de ne pas me recruter. Bref, faites ce que je dis et pas ce que je fais, la paille, la poutre, tout ça tout ça.

Le premier jour, j’arrive à l’agence principale comme convenu. Le dirigeant n’étant pas là, c’est le manager de l’agence qui m’accueille… et il tombe des nues en apprenant que je suis censé commencer un stage ce jour même ! Ça commence bien…

Un petit coup de fil entre les deux bonhommes permet de clarifier la situation. Mais le dirigeant n’a pas prévu de repasser immédiatement à l’agence, son épouse non plus, le manager n’a pas de tâches à me confier et l’assistance commerciale (qui va être remplacée pour cause de congé maternité) ne travaille pas le lundi. Du coup, le manager m’installe à la place de l’assistante et m’explique comment fonctionne le téléphone. Me v’là standardiste. Top classe.

Quelques appels arrivent, le plus souvent pour des prises d’information sur les produits de l’entreprise, des appels que je dois transmettre aux services concernés. Entre chaque sonnerie, je me trouve une occupation suffisamment chronophage pour me permettre de boucler mes journées : traiter les spams de la boîte de réception de l’assistante commerciale. Il y en a plus de 5000, autant dire que mes débuts ont été mémorables.

Le lendemain, l’assistante commerciale récupère son poste et je me retrouve ainsi dans mon propre bureau. Quelle fulgurante ascension professionnelle après seulement 24 heures !

Ou pas. En effet, les missions que le dirigeant m’attribue sont loin de faire péter le passionomètre : il me demande de chercher les bilans et comptes de résultat de certains concurrents, de réaliser des tableaux sur l’activité des commerciaux…

 

Et le webmarketing dans tout ça ? Justement, parlons-en. Après la session de formation, je m’étais inquiété d’apprendre qu’un prestataire s’occupait déjà d’une partie du référencement de l’entreprise. Lors de notre dernière entrevue avant le stage, j’avais donc demandé au dirigeant quelle serait ma marge de manœuvre à ce niveau-là. Il me répond que je devrai soumettre mes requêtes au prestataire en question.

Ah.

Donc en fait, j’ai pas le moindre pouvoir de décision. Par contre, en ce qui concerne le téléphone, aucun souci : je suis parfaitement autonome, je peux décrocher tout seul comme un grand. Y compris quand il ne sonne pas, même si l’intérêt est relativement limité.

M’enfin quand même, vu que ce stage est potentiellement une ouverture pour une future embauche, il faut que je sache dans quoi je m’engage. Je contacte donc le prestataire qui avait animé la formation pour lui présenter ma situation et lui demander ce qu’il fait pour cette entreprise et, par conséquent, les éléments sur lesquels je peux agir.

Il me confirme que sa boîte prend déjà en charge le référencement naturel et commercial des sites web de l’entreprise et qu’il me reste donc peu à faire : l’animation des pages Facebook et un peu de rédactionnel pour alimenter les sites des agences. Autant dire, quasiment rien du tout. Ça confirme bien ce que le dirigeant m’avait dit sur les assistantes commerciales : le webmarketing ne leur occupe qu’une portion infime de leur temps. Ça aurait donc été judicieux de ne pas parler de « référencement » dans l’offre d’emploi… On est loin du SEO.

Cela dit, je me vois confier lors du troisième jour une mission un peu plus intéressante : rédiger des argumentaires de vente pour les commerciaux. De la communication et du rédactionnel : on se rapproche déjà un peu plus de mon élément.

Le décor évolue lors du quatrième jour. Le dirigeant avait en effet souhaité que je fasse le tour des agences lors du stage. Après trois jours passés au siège, je suis donc envoyé dans une autre agence où, sans surprise, personne n’est au courant de ma venue. « Sans surprise », parce que je me m’attendais complètement à ce que ma mésaventure du premier jour se répète : je commence à comprendre comment les choses se passent dans cette boîte.

Cela dit, je n’ai pas eu de raison de me plaindre car ma journée s’est bien déroulée. Passé l’effet de surprise, les personnes de l’agence m’ont bien accueilli, l’ambiance était très bonne et j’avais suffisamment de boulot à faire sans avoir à trop traîner dans leurs pattes.

À la pause déjeuner, j’appelle le consultant qui s’occupe de ma réorientation pour faire le point avec lui. Je lui annonce clairement que les missions actuelles ne sont pas celles auxquelles je m’attendais et qu’elles ne correspondent donc pas à ce que je recherche. Je ne suis pas du tout certain que le dirigeant me proposera un poste à l’issue du stage mais, le cas échéant, je sais déjà que ma réponse sera négative. Le consultant me demande si je souhaite mettre fin au stage, je lui réponds non car je souhaite aller malgré tout au bout de mon engagement, par respect pour le dirigeant qui m’a donné ma chance.

 

Après cette quatrième journée riche en émotions, je rentre chez moi. Ayant pas mal de route à torcher, j’en profite pour cogiter sur les derniers événements. Parce que mine de rien, j’ai avalé près de 300 bornes depuis le début de la semaine. Cette précision va avoir son importance dès le prochain paragraphe.

En arrivant chez moi et en me garant, je ressens quelque chose de bizarre au niveau du comportement de ma caisse, et notamment de la pédale de frein qui émet un bruit étrange. Une fois garé et étant en pente, je lâche le frein… et la voiture ne bouge pas. Ça sent la couille puissance mille.

Afin de ne pas prendre de risques inutiles, je décide de sécher ma journée de travail du lendemain pour aller déposer ma voiture au garage. J’appelle le dirigeant pour le prévenir ; n’arrivant pas à le joindre, je laisse un message sur son répondeur.

Le lendemain, j’amène tant bien que mal ma titine au garage. Le verdict est sans appel : la roue avant est complètement bloquée, le problème vient du disque de frein et il faut tout remplacer, du disque à la roue en passant par la plaquette… bref, presque tout sauf le moteur.

Ma petite automobile-bile était si fragile-gile sous son drôle de capot.

Estimation du montant des réparations : 700€. Estimation de la valeur de ma voiture, une 205 de 1997 avec 330000 bornes au compteur : 7€.

Claquer autant d’argent pour une voiture aussi vieille n’est évidemment pas rentable. C’est donc la mort dans l’âme que je dois me séparer de ma toute première voiture... Cette peine est partagée par mon compte en banque qui s’apprête à subir une sévère cure d’amaigrissement.

L’heure n’est pas au sentimentalisme. La perte de mon moyen de locomotion signifie que je dois mettre fin à mon stage. Moi qui avais souhaité aller au bout du mini-contrat de deux semaines, ma bagnole en a décidé autrement.

Vous noterez au passage que ma poisse légendaire ne m’a pas lâché : après 3 ans de chômage, ma voiture a attendu que je me remette à bosser une petite semaine pour claquer….

J’appelle donc le dirigeant pour l’informer de ma mésaventure automobile mais ce dernier ne voit pas en quoi cela est un problème pour moi. Il insiste pour que je trouve une voiture d’une manière ou d’une autre. Bah désolé mais je n’ai personne dans mon entourage qui a une bagnole à me prêter et je ne vais pas claquer des centaines d’euros dans la location d’un véhicule. Il est hors de question que je me ruine pour une semaine d’un stage non payé où l’on ne me rembourse pas mes frais kilométriques et qui, de toute façon, ne me mènera à rien professionnellement.

Toutefois, pour ne pas non plus le laisser totalement en plan à mi-chemin de mon stage, je lui précise que je vais boucler la mission qu’il m’avait confiée – les argumentaires commerciaux – ainsi que le petit rapport qu’il m’avait demandé de rédiger sur mon activité de la semaine écoulée, deux tâches que je peux effectuer de chez moi. Pas plus emballé que cela, il me répond un « Ouais… Si vous voulez… », d’un air autant concerné que si je lui avais proposé de lui faire la lecture des mémoires de Mimie Mathy en écoutant le disque de Christophe Hondelatte.

Je viens de perdre ma caisse et je ne peux plus honorer mon engagement ; autant dire que j’ai assez de problèmes de mon côté sans avoir à me prendre la tête avec ses états d’âme. Mais ça ne m’empêche pas de trouver sa réaction très injuste, tandis que son incompréhension et son manque de soutien et d’empathie m’agacent fortement.

Je raconte tout cela au consultant qui relativise en me rappelant que cette piste n’avait pas grand intérêt pour moi. De plus, il tente de me calmer en me disant que je dois essayer de me mettre à la place du dirigeant afin de comprendre sa réaction, et notamment sa frustration par rapport à mon désengagement. Après tout, il a le droit de réagir de cette manière et il ne peut pas être certain à 100% que mon histoire est véridique.

Je suis d’accord avec l’argument et je veux bien essayer de comprendre le point de vue du dirigeant ; mais lui, me comprend-il ? Se demande-t-il une seule seconde comment je vis le fait de devoir abandonner un stage et, surtout, de devoir me payer une nouvelle caisse ?

Je suis persuadé que sa femme ne s’est pas gênée pour lui faire la leçon à base de « Tu vois, je te l’avais dit, c’est une feignasse », et qu’ils se sont tous les deux fait un malin plaisir à me casser du sucre sur le dos.

Et puis merde, je décide de ne plus me prendre le chou avec cette histoire. Je n’ai pas vraiment eu le choix d’arrêter le stage et je n’aurais de toute façon pas bossé pour eux puisque le poste ne correspondait pas à mon profil (et inversement). Et en plus, parce qu’il faut bien avoir un peu de chance de temps en temps, j’ai trouvé une voiture sympatoche à un prix raisonnable. Tout est bien qui finit pas trop mal.

Toujours est-il que, malgré cette fin en eau de boudin, j’ai tenu ma promesse : j’ai rédigé les argumentaires commerciaux et mon rapport d’activité et je les ai envoyés au dirigeant, tout en le remerciant de m’avoir donné ma chance et en m’excusant d’avoir mis fin prématurément au stage. Je n’ai pas obtenu la moindre réponse… Ni merci, ni merde, rien. Voilà comment s’est terminée cette expérience pour le moins singulière.

 

Enfin, c’est ce que je croyais. Car figurez-vous que le dirigeant a fini par me répondre… au bout de 8 mois !

Heureusement que je prends mon temps pour écrire mes articles, sinon je vous aurais livré une version incomplète de cette histoire.

Bref, j’ai halluciné en recevant son e-mail dans lequel il me précisait qu’il n’avait pas lu mon message à l’époque et qu’il venait donc tout juste d’en prendre connaissance. Il m’a également remercié pour le travail effectué et m’a demandé si j’avais trouvé un emploi. Je lui ai répondu en lui indiquant où j’en étais professionnellement (la réorientation, entre autres) et je n’ai plus eu de contact avec lui depuis. Je pensais qu’il allait me proposer quelque chose, mais en fait non. C’est pas plus mal, je n’aurais pas su quoi répondre.

The end – pour de bon cette fois.

Avant de vous quitter, je précise que ma page Facebook, qui n’a que quelques semaines d’existence, a déjà plus de fans que les pages respectives de chacune des quatre agences de cette entreprise.

Je dis ça, je dis rien. Mais j’en pense pas moins.

 

Générique : Jah Cure – True Reflections