Je reçois de temps à autre des commentaires sur le blog ou des messages privés, dans lesquels certain(e)s d’entre vous prennent un peu de leur temps pour me dire que j’écris bien. C’est très chou de votre part et je vous en remercie.

Je dis pas ça pour me la péter mais pour planter le décor, afin que vous saisissiez l’ironie de la situation ainsi que la chance dont j’ai – encore – bénéficié.

Et accessoirement, pour me la péter.

 

Tout commence par un e-mail que m’envoie le Pôle Emploi. Déjà, rien que l’intro relève du paranormal. Je n’avais jusque-là pas l’habitude de recevoir des opportunités de carrière venant de Popole. N’étant plus convoqué pour les entretiens de suivi, je n’avais même plus de contact avec eux, hormis leur saleté de newsletter faisant la promotion de leur magazine mensuel et qui persiste encore aujourd'hui à déjouer les pièges de mon filtre anti-spam.

L’e-mail en question concerne une réunion d’information qui aura lieu quelques jours plus tard et dont le but est de présenter une formation servant à préparer le concours de rédacteur principal, concours qui permet d’intégrer la fonction publique territoriale.

« Rédacteur principal » ; sur le papier, ça me botte pas mal. Et puis j’aime bien croire au destin et à ce genre de conneries. Je me dis que si cet e-mail m’est parvenu, c’est qu’il y a une bonne raison. Je décide donc de m’inscrire à la réunion.

Bon en fait, le nom correspond moyennement aux métiers concernés. Il y a certes un peu de rédactionnel, puisque le concours permet notamment de viser des postes dans la communication, qu’elle soit publicitaire ou institutionnelle (exemple : les magazines sur l’actualité de votre commune que vous recevez par courrier) ; mais il y a aussi d’autres fonctions qui semblent au premier abord assez éloignées de l’intitulé de la formation, notamment les métiers de la comptabilité ou du droit.

En plus des cours, la formation comporte plusieurs périodes de stages ainsi que des examens. Les stages sont fournis automatiquement et correspondent, dans la mesure du possible, aux profils respectifs des apprentis. Ils permettent bien évidemment d’acquérir une première expérience dans une collectivité locale et feront également l’objet de différents rapports et soutenances.

Cette formation est limitée à 20 places alors que nous sommes une soixantaine à participer à la réunion. Il faudra donc passer des tests – un écrit et un oral – pour obtenir l’un des précieux sésames, et les places seront chères.

L’écrit se déroule bien. Il comporte plusieurs exercices dont le but est de tester notre capacité à comprendre et synthétiser des documents, le tout dans un délai imparti. Cette première étape se révèle au final être plutôt simpliste, comme si elle servait surtout de filtre pour éliminer les candidats ayant des lacunes en orthographe, en syntaxe,…etc., ainsi que ceux qui ne parviendraient pas à respecter le délai de l’épreuve.

Enfin je fanfaronne, mais j’ai rendu ma copie 8 secondes avant le gong final… Toujours est-il que je suis convoqué pour l’oral et que, naïf que je suis, je commence à y croire légèrement.

Surtout que l’entretien en question se passe également plutôt bien. La nénette est sympa et je trouve que j’arrive pas trop mal à justifier ma candidature, que ce soit au niveau de la réorientation ou en ce qui concerne mon amour immodéré pour l’écriture. Je pense avoir réussi à démontrer que mon projet était cohérent et que cette nouvelle voie pourrait complètement correspondre à ce que j’aurais envie de faire, et que je n’étais pas juste là pour prendre le premier boulot qui se présentait à moi.

Pour appuyer cet argument, je lui parle de ma précédente tentative de réorientation vers la logistique via l’AFPA en précisant bien que c’était un peu un choix par défaut et que, par comparaison, ce n’était absolument pas le cas de cette candidature car la fonction de rédacteur principal m’attirait réellement. D’un autre côté, elle a peut-être cru que je postulais également à cette formation par défaut. Allez savoir…

Même à la question « Avez-vous autre chose à ajouter ? », j’ai réussi à caser quelque chose alors que j’y arrive rarement dans les entretiens d’embauche traditionnels. J’ai en effet baratiné la nana sur la thématique du travail en groupe et le fait de partager cette formation avec une vingtaine d’autres apprentis. Je lui ai dit que cette perspective m’enthousiasmait, là encore en faisant la comparaison avec Cap Projet où j’avais apprécié collaborer avec mes compagnons de galère.

Seul léger bémol, le titre de rédacteur principal permet d’obtenir des postes où il y a souvent des équipes à manager. Or, je suis encore relativement jeune (même à l’heure où j’écris ces lignes) et je n’ai aucune expérience en la matière. Je sens que la nana tique un peu sur ce point mais je me dis que le reste de l’entrevue s’est bien déroulée et que, oh, hein, j’écris quand même pas trop mal et que c’est surtout là-dessus que ça doit et va se jouer. Donc j’y crois fort fort fort, en attendant la réponse fatidique. Ça sent le bon plan puissance 1000 depuis le début, je suis persuadé que ça va le faire.

Et puis en fait, non. Je suis recalé du processus sans raison, j’ai juste reçu un foutu courrier me disant que ma candidature n’était pas retenue mais que cela ne remettait pas en cause mes qualités blablabla. Ils ne se font même pas chier à pondre des lettres de refus différentes de celles envoyées par les entreprises.

 

Il y a un épisode de South Park* dans lequel l’un des gamins (Kenny, évidemment) tombe gravement malade et s’apprête à mourir. Ses amis ne comprennent pas cette injustice et l’un d’entre eux demande au cuistot de l’école pourquoi Dieu lui enlève son ami, ce à quoi le chef répond :

« Moi, je vois les choses comme ça : si tu veux faire pleurer un enfant, d’abord tu vas lui donner une sucette et puis tu vas la lui reprendre ; mais imagine que tu lui donnes pas de sucette au départ, alors l’enfant n’aurait aucune raison de pleurer. »

Là, c’est un peu pareil : j’aurais pu rester dans la même situation merdique, à continuer de chercher du taf tout en faisant un peu de freelance à droite à gauche pour grappiller un peu de pépettes et d’expérience. Mais non, il a fallu que le destin/Dieu/mère nature/ma « bonne » étoile (rayez la/les mention(s) inutile(s)) balance cette opportunité sur mon chemin. Et pas n’importe laquelle, un truc vraiment intéressant, une piste à laquelle je n’avais pas pensé (pour la simple et bonne raison que j’en ignorais l’existence jusque-là) et qui sentait bon la porte de sortie après d’interminables années de galère, tout ça uniquement pour que je puisse me prendre en pleine poire un refus aussi frustrant qu’incompréhensible. Sans prétention, le rédactionnel n’est pas vraiment un domaine duquel je pensais me faire recaler.

D’autant plus que c’est une formation de quelques mois, donc idéale pour des demandeurs d’emploi en quête d’orientation, ce qui semblait être le cas d’à peu près tous les gens que j’ai rencontrés. Autant dire qu’aucun d’entre nous ne paraissait se lancer dans cette compétition avec un avantage quelconque.

Je vais prendre un exemple concret pour illustrer mon propos. Parmi les différents postulants, il y avait une nana qui avait pris la parole lors de la réunion d’information pour parler de son expérience personnelle des concours et qui, pour cela, intervenait à peu près toutes les 38 secondes.

Dans ce genre de réunion, on trouve toujours quelqu’un pour raconter sa vie aux autres personnes du groupe alors que ces dernières n’en ont absolument rien à foutre. Surtout que, la plupart du temps, c’est loin d’être aussi intéressant que ce que ces bavards ont l’air de croire.

Bordel, allez voir un psy et laissez les réunions suivre leur cours et se finir à l’heure !

Toujours est-il qu’elle avait l’air de tenter quatre concours différents par semaine ou, pour prendre une expression qui parlera à tout le monde, de bouffer à tous les râteliers. On ne me fera pas croire que son profil de « Je prends le premier truc qui passe, même une formation pour apprendre à fabriquer la matière collante servant à fermer les enveloppes, peu importe. » valait mieux que le mien.

Remarquez, elle a peut-être été recalée elle aussi.

Bref, tout ça pour dire que ça m’a bien mis un coup au moral de voir une telle opportunité me passer sous le nez.

Je pense que j’ai franchi un cap dans la loose. Je suis sûr que si je vais voir une pute en lui proposant double tarif, je me prendrai un refus. Si je tente l’expérience, ne comptez pas sur moi pour venir vous la raconter…

… Bin voui, ça n’aurait rien à voir avec le chômage.

 

Générique : Underworld – Two Months Off

 

* Vous n’avez pas idée du nombre de fois que j’utilise cette expression dans la vie de tous les jours.