Après l’interlude dominical, qui m’a permis de constater que vous n’étiez pas réfractaires à l’idée que j’aborde des sujets d’actualité, je reviens à mes péripéties de chômeur.

Dans la chronologie badluckienne, nous sommes désormais en août 2013.

Ah bah oui, je suis toujours à la bourre. J’ai commencé le blog après deux ans de chômage, autant dire que j’avais pas mal de retard à rattraper et c’est encore un peu le cas aujourd’hui.

Nous sommes donc en août 2013. Le 17, pour être plus précis. Deux jours plus tôt, la France entière célébrait l’anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte…

Ah non, au temps pour moi, tout le monde s’en foutait. Nous sommes dans un pays dont la capitale ne possède pas de rue Napoléon, un pays qui refuse de commémorer le bicentenaire du sacre impérial mais qui envoie une grosse partie de sa marine nationale en Angleterre pour célébrer la branlée de Trafalgar.

Ne mettons pas trop en avant les grands Hommes de notre passé, c’est mal. Très mal.

Fin du hors-sujet, je garde cela pour un éventuel futur bouquin qui s’intitulera « La France : Chronique d’un pays qui ne s’aime pas. » Ou pas, d’ailleurs. J’aurai sûrement la flemme.

 

Dooooooooonc, je disais : nous sommes le 17 août 2013 et… cela fait pile quatre ans que je suis au chômage.

Putain, quatre ans…

PUTAIN, QUATRE ANS !!!

Vous n’avez pas idée à quel point le temps s’arrête dans une situation pareille. Il faut le vivre pour le comprendre. On s'habitue tellement à cette situation qu'on ne voit plus les semaines ni les mois passer. Alors oui, on se dit qu'il faut absolument trouver du travail ; mais on ne justifie plus cela par le temps passé au chômage, tellement ce critère semble abstrait au fur et à mesure que la situation s'éternise.

La première année est interminable. Forcément, quand on avait l’habitude de travailler, la transition se ressent. Les journées désormais vierges ont l’air de durer bien plus de 24 heures.

La deuxième année passe un peu plus vite. C’est mauvais signe, le chômeur commence à s'enfermer dans sa routine.

Les années suivantes sont à peine plus longues qu'un battement de cil. Je ne compte plus les fois où je me suis surpris à me remémorer un événement particulier en me disant « Purée, j’ai l'impression que c’était la semaine dernière ». Et non, patate : c’était il y a plus d’un an.

« Éternité furtive d'un siècle éphémère », comme le disaient les Inconnus.

Je perds la notion du temps mais cette merveilleuse invention qu’est le calendrier me permet de me rappeler que je viens de passer un nouveau cap.

Quatre ans.

Quatre ans de ma vie foutus en l’air. Quatre années que je ne récupèrerai jamais, quatre putains d'années pendant lesquelles j'ai cru appuyer sur pause alors que le film de ma vie continuait sa diffusion (je sais, là, j'ai poussé un peu loin l'envolée lyrique).

Inactivité, immobilisme, inutilité, impossibilité de bâtir le moindre le projet et de donner un sens à ma vie : tout cela fait que j'ai la désagréable sensation d'avoir passé les quatre dernières années en taule. À ceci près que, pendant tout ce temps, j'ai pu faire tomber ma savonnette autant de fois que je le voulais en prenant ma douche. La différence est grandement appréciable.

Mais quand même… L’effet sur l’image de soi est désastreux et le moral en pâtit fortement.

 

D'un autre côté, maintenant que j’ai vidé mon sac, il faudrait peut-être que j'arrête de me lamenter sur mon sort. Déjà, je ne peux pas revenir sur ce qui m’est arrivé. Je ne retournerai pas en arrière, donc inutile de me battre contre l’inévitable. Whatever happened, happened.

Et puis je suis encore à peu près jeune, j’ai une bonne partie de ma vie devant moi et il n’y a rien qui soit écrit à l’avance ; ma situation peut encore s’améliorer d’une manière ou d’une autre, et le meilleur moyen de m'en sortir est justement de ne pas me laisser abattre.

Et puis oh, il y a pire dans la vie.

D'ailleurs, je serais probablement bien inspiré de voir le verre à moitié plein. Après tout, je n’ai pas passé ces quatre années dans le coma ! J’entends par là que j'ai continué de vivre, de réaliser deux-trois petites choses et de connaître différentes expériences qui m’ont fait évoluer en tant qu'être humain (purée faut que j'arrête la poésie en mode branlette intellectuelle).

En effet, pendant ces quatre ans, j'ai vécu :

- un licenciement ;

- des milliers de recherches d’emploi ;

- un paquet de CV envoyés, avec très peu de réponses ;

- quelques candidatures spontanées par-ci par là, pour faire genre;

- 23 entretiens dans 17 entreprises, à peu près ; je me suis enquiquiné à me farcir les archives du blog et à retrouver dans les tréfonds de ma mémoire les quelques rencards que j’aurais pu omettre ;

- un boulot à peu près obtenu (ou pas) ;

- une quarantaine de rendez-vous de suivi au Pôle Emploi (ce n’est qu’une estimation à vue de nez dont je ne garantis pas l’exactitude à 5 unités près) ;

- des rencontres mythiques avec mes confrères, qu’il s’agisse de chômeurs ou de référenceurs ;

- quelques ennemis parmi les professionnels de l’emploi, deux d’entre eux s’étant fait un malin plaisir de se défouler sur moi : un monsieur débordant de bons conseils et de générosité, ainsi qu’une charmante dame dont l’équilibre mental ne saurait être remis en doute ;

- une expérience de VRP totalement hallucinante ;

- un stage mémorable ;

- un client en freelance ;

- deux tentatives de réorientation ici et , et autant d’échecs ;

- des journées interminables ;

- deux participations au Golden Blog Awards, dont une place en finale que je ne me lasse jamais de mentionner ;

- une page Facebook qu’il faut liker pour montrer à tous vos amis que vous avez très bon goût en matière de web-lecture ;

- une voiture décédée ;

- 27451 râteaux ; si je faisais un blog sur le sujet… non, en fait non ;

- 2 buts et 5 passes décisives ; parce que je branlais peut-être rien en semaine, mais le week-end je courais vaguement après un truc rond même si, soyons francs, j’ai pas toujours compris ce qu’il se passait autour de moi ;

- un séjour au CHU, deux opérations et une plaque en titane ;

- and last but not least, les statistiques du blog (arrêtées à août 2013, pour rester cohérent avec l’article) : plus de 25000 visites et 50000 pages vues, environ 150 commentaires et 60 messages privés, une dizaine de contacts avec des journalistes ayant accouché sur une poignée d’articles, une demande en mariage, 18 menaces de mort...

 

Mais comme je le disais plus haut, je continue d’y croire : j’effectue toujours mes recherches d’emploi, j’envoie des candidatures… Pas le choix, il faut que je garde espoir.

Cela dit, c’est con d’écrire ça maintenant puisque je vous ai déjà dit précédemment que j’avais trouvé du boulot.

Donc je rectifie : j’ai bien fait de continuer d’y croire, ça a fini par payer. Mais ça, c’est pour le prochain épisode.

Si vous trouvez que cet article a un curieux parfum d’épisode-bilan, sachez que c’est complètement assumé. Commencez à sortir les mouchoirs, la fin est proche.

 

Générique : Oasis – Keep the Dream Alive