Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Alors au bout de… d’un certain temps, dirons-nous, je me suis rendu compte que le webmarketing était aussi bouché que l’anus de Zahia après une visite dans le vestiaire de l’équipe de France de football, et qu’il était temps pour moi d’aller voir si le gazon (aucune connotation sexuelle cette fois) n’était pas plus vert dans d’autres domaines professionnels.

Jusque-là, mon quotidien consistait à faire mes recherches (pour rien, évidemment), à me pointer au Pôle Emploi une fois par mois (bis) et à sacrifier régulièrement une vache, une chèvre ou une fourmi en guise d’offrande à Hermès.*

Et puis un jour, j’en ai eu marre. Je suis arrivé au Pôle Emploi, j’ai défoncé la porte à coups de pied, je suis allé au bureau de ma conseillère, elle était en entretien avec un chômeur que j'ai viré en mode GTA en le prenant par les épaules et en le dégageant, j’ai attrapé ma conseillère, je l’ai plaquée contre le mur et je lui ai dis « Maintenant, biatch, on va parler réorientation ».

Grosso modo, ça s’est plus ou moins passé comme ça.

Toujours disposée à m’aider, ma conseillère m’a inscrit à une toute nouvelle prestation nommée Cap Projet, dispensée par un cabinet de consultants partenaire du Pôle Emploi.

J’avais initialement pensé au bilan de compétences mais ma conseillère m’a répondu que cela n’existait plus. Ou un truc dans le genre. Toujours est-il que Cap Projet propose à peu près le même service, à savoir effectuer un… euh… bah un bilan des compétences du demandeur d’emploi puis l’aider à trouver une nouvelle voie, notamment en lui faisant faire le point sur son parcours, ce qu’il aime faire, ses objectifs professionnels… etc.

Seule différence avec le bilan de compétences : Cap Projet s’effectue en collectif avec d’autres demandeurs d’emploi afin de bénéficier de l’émulation du groupe, par le biais entre autres de l’échange sur nos expériences respectives.

Pour être plus précis, la prestation se déroule sur plusieurs semaines en alternant rendez-vous collectifs et entretiens individuels au cours desquels le consultant pourra se focaliser sur chaque cas en particulier. Elle s’oriente autour de quatre étapes : bilan personnel et professionnel, exploration des métiers (via différents tests), prise de connaissance des métiers identifiés, et enfin validation du projet.

 

La prestation commence par une séance collective où le consultant nous présente le programme des semaines à venir, le contenu des futures séances et les objectifs visés. Un premier tour de table nous permet de nous présenter les uns aux autres. J’en profite donc pour parler vite fait des autres chômeurs du groupe et je suis au regret de vous annoncer qu’ils ne sont absolument pas concernés par les portraits peu flatteurs de demandeurs d’emploi que j’avais dressés dans un ancien article.

Cet élan de gentillesse vous semblera bizarre, il est pourtant sincère. Mes camarades d’infortune étaient vraiment tous sympas, communicatifs, intéressants et tout et tout, et ça a été un vrai plaisir de les retrouver au fil des semaines et de partager cette expérience avec eux.

Je sais : c’est chiant qu’il n’y ait aucune possibilité de se moquer, alors que se foutre de la gueule de son prochain est quand même un moyen très intéressant d’occuper son temps.

Pour être honnête, cette parenthèse était également une excuse pour placer un lien vers l’épisode 12 qui, en toute objectivité, était vraiment génial.

Cette première rencontre aura été l’occasion d’échanger un peu sur nos parcours respectifs. J’ai ainsi pu constater que c’était vraiment la dèche dans plein de domaines et pour tous les âges et niveaux de formation… Vachement rassurant.

 

Lors de l’une des séances collectives, nous avons eu droit à la partie de la prestation que j’attendais le plus : les tests ! J’étais en effet très curieux de découvrir ces fameux exercices censés déterminer nos aptitudes et prédispositions professionnelles, la manière dont ils sont créés et, surtout, leurs résultats ! Inutile de dire que, tout en restant prudent, j’avais placé pas mal d’espoirs dans ce Cap Projet. Après tout, cette prestation a pour ambition de réorienter des demandeurs d’emploi dans un domaine auquel ils n’avaient pas pensé à la base. Ça tombe bien, c’est mon cas.

Le premier test se présentait sous la forme d’une dizaine de tableaux contenant chacun douze métiers divers et variés. La consigne était de classer dans chaque tableau les métiers par ordre de préférence, indépendamment de la possibilité ou pas de les exercer un jour. Il fallait donc mettre 1 pour le métier que l’on préférait dans la liste, 2 pour le suivant, et ainsi de suite jusqu’à 12 pour le métier nous attirant le moins, puis il fallait répéter cette opération pour tous les autres tableaux.

Il m’a été facile de désigner certains métiers comme en étant ceux que j’adorerais (ou aurait adoré) exercer, tels que les métiers de la communication, de l’écriture… ainsi qu’astronome (le côté ado attardé fan de Star Wars qui ressort). De même, cela a été évident de reléguer en bas de classement les métiers manuels (plombier, maçon, horticulteur…).

En revanche, pour donner les notes « intermédiaires » (genre de 3-4 à 9-10), ça a été un peu plus coton. Bon courage en effet pour classer entre elles des professions telles qu’ingénieur, pianiste, agent de change, météorologue, psychologue scolaire, chimiste, relieur, géomètre, créateur de bijoux, radiologue, commissaire priseur, opticien, ou encore décorateur de vitrines, pour ne citer que ces métiers.

Les deux difficultés de l’exercice étaient, premièrement de ne pas connaître exactement tous les métiers et les fonctions qui y sont rattachées (ajusteur ? c’est quoi ça ?), et deuxièmement d’occulter le fait de ne jamais pouvoir exercer ce métier. Par exemple, si chirurgien est un métier que j’avais voulu exercer, il aurait fallu lui mettre 1 ou 2 et non pas 11 ou 12 en me disant « je ne pourrai jamais devenir chirurgien ».

Cela étant dit, ce test a été assez ludique. C’était marrant de nous voir chacun galérer sur tel ou tel tableau, de se plaindre de leur difficulté respective ainsi que de s’imaginer en chirurgien, en chef d’orchestre, en botaniste ou en inspecteur des impôts.

Assez rigolé, il est temps de passer aux résultats. Le logiciel a en effet analysé nos réponses pour en sortir deux graphiques assez bizarres. Le premier concerne les intérêts généraux et indique celui qui nous correspond le plus parmi la liste suivante : social, réaliste, investigateur, artistique, entreprenant et conventionnel. Je ne sais plus lequel j’ai eu. Réaliste, je crois. Ou conventionnel. En tout cas, ce sont les deux qui me semblent les plus plausibles.

La seconde partie des résultats concerne les intérêts spécifiques. Elle permet de déterminer si nous avons une inclinaison vers le domaine technique, scientifique, pratique,…etc., vers les chiffres, ou encore si nous privilégions les contacts avec d’autres personnes ; le tout étant accompagné de précisions sur les caractéristiques de chaque domaine/intérêt ainsi que d’exemples de métiers pouvant nous correspondre.

Cette fois, il n’y a pas forcément un seul intérêt qui ressort. Il s’agit de garder celui ou ceux dont la note indiquée est au-dessus d’un certain palier. Pour ma part, deux intérêts se sont démarqués : le domaine littéraire (oui, il ne vous aura pas échappé que j’aime bien écrire de temps en temps) et le travail de bureau. Attirance pour les activités de rédaction et par les systèmes de communication d’un côté, précision et exactitude de l’autre : je confirme, c’est tout moi… Jusque-là, rien de bien étonnant ; mais ça a eu le mérite de resserrer un peu l’entonnoir.

 

On a ensuite eu un autre test qui consistait à noter des phrases de 1 à 6 en fonction de si on estimait qu’elles nous correspondaient ou pas (6 étant la note la plus forte). Les phrases étaient du genre « j’aime travailler seul », « je n’ai pas de problème avec la hiérarchie », « je m’entends bien avec les personnes autour de moi »,… etc.

Les phrases n’étaient pas du tout classées mais on se rendait vite compte que certaines se ressemblaient et avait des idées en commun. Il y en avait notamment qui tournaient autour de la thématique d’aider son prochain, telles que « je me sens épanoui si mon métier sert à aider les autres ».

Sur ces phrases-là, en général, j’ai mis 1 ou 2. Rien à foutre de rendre service à la société… Enfin si je peux le faire, tant mieux, mais c’est pas ma priorité. Ma priorité, c’est de trouver du boulot ; et si possible un boulot qui me plaît et qui me correspond. Le mec qui fabrique des slips ou des élastiques ne rend pas un grand service à la société et ça ne l’empêche pas de dormir tant qu’il a de la barbaque dans son assiette et un toit au-dessus de la caboche. Mes 5 et mes 6, je les mettais plutôt dans « je fais un boulot qui me plaît », « je m’épanouis au travail », « je suis content d’utiliser mes compétences pour réaliser des choses »,… etc.

Comme je l’annonçais plus haut, les différentes phrases du test étaient effectivement regroupées par thème, et chaque thème avait une note finale égale à la somme des notes des phrases correspondantes. Inutile de préciser que j’ai eu un sale score dans la partie « aide-service-soutien ».

Conclusion : je suis un connard. Pas sûr que ça m’aide à trouver un taf.

Je fais l’impasse sur les autres tests pour la simple et bonne raison que je ne m’en souviens plus. De toute façon il n’y en avait pas 50, et c’était grosso modo le même principe consistant à sélectionner ou noter les phrases qui nous correspondaient le mieux.

 

Bref, le processus continue. Après de nombreuses autres réflexions, le consultant et moi isolons trois domaines : la logistique, les achats et les métiers du type archiviste-biblio-documentaliste. Donc en gros, que des jobs de bureau nécessitant – oh wait – précision et exactitude. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf pour Sophia Aram.**

Ma mission suivante consistait à aller sur les sites spécialisés en orientation professionnelle pour dénicher tout un tas d’informations sur les métiers en question et les voies d’accès : caractéristiques du domaine d’activité, exemples de métiers, compétences requises, fonctions à exercer, formations qualifiantes ou diplômantes permettant d’obtenir les qualifications nécessaires, débouchés et opportunités d’emploi, entre autres.

On a vite écarté les achats. Ce sont des métiers où la négociation est très présente, ce qui est loin de correspondre à mon profil et à mes compétences. De plus, il ne semblait pas y avoir beaucoup de formations disponibles, alors que le niveau de qualification demandée est souvent élevé, et ce n’est pas un secteur qui recrute énormément par les temps qui courent.

Exit également tout ce qui concerne les archives : il y a là aussi peu de places disponibles et c’est relativement compliqué d’accéder à ces métiers en dehors de la voie traditionnelle des formations diplômantes. Or, dans le cadre de ma réorientation, l’idéal serait de trouver une formation qualifiante d’une durée relativement courte, un an grand maximum.

And the winner is… Va pour la logistique. Ça devrait me correspondre, notamment parce que je suis un vrai maniaque. Du genre à faire 8 fois le tour de sa caisse pour vérifier qu’elle est bien fermée. Ceux qui me connaissent en vrai comprendront la dédicace – DTC TMTC – et apprécieront cette magnifique capacité d’autodérision dont je viens de faire preuve.

Donc voilà, c’est super, j’ai trouvé ma réorientation : la logistique. La logistique… En fait, ça m’a emballé les 14 premières secondes. Je ne suis pas sûr d’emprunter la voie qui me permettra de trouver le boulot idéal ; mais bon, si justement il y a du boulot… C’est un peu le but de tout ce que je fais depuis que je me suis engagé dans Cap Projet. D’autant plus que, petit signe encourageant, j’ai trouvé une formation à l’AFPA qui pourrait m’aider à réaliser ce projet de réorientation.

Par ailleurs, si l’envie s’en fait ressentir, la logistique pourrait me permettre d’ici quelques années de bifurquer vers les achats, les deux domaines étant fortement liés.

 

On arrive au bout de l’entonnoir mais le boulot est loin d’être fini. Maintenant que j’ai ciblé un métier, je dois mener ce que le consultant appelle des « enquêtes conseils ». Cela consiste à rencontrer des professionnels du domaine en question et à échanger avec eux afin d’en apprendre plus sur ces métiers et de vérifier qu’ils pourraient effectivement me correspondre. Un membre de mon entourage a pu me mettre en relation avec un logisticien travaillant pour Airbus. Nous avons pas mal papoté, il m’a donné de nombreux renseignements sur les métiers de la logistique, des exemples concrets de fonctions à exercer ainsi que les compétences nécessaires pour faire carrière dans cette branche.

Je me suis ensuite rendu dans un centre (autre que l’AFPA) qui propose des formations en logistique et qui organisait une réunion d’information à ce sujet. Je n’y suis allé que pour enrichir mes recherches sur la logistique car je savais déjà que je ne pourrais pas postuler à leurs formations. En effet, cet organisme exige des candidats qu’ils aient déjà une certaine expérience dans le domaine. En sachant que ces formations de courte durée sont notamment destinées aux personnes en réorientation, la logique de leur demander d’avoir déjà une expérience dans le domaine ciblé m’échappe un peu…

Je vais passer assez vite sur la suite – et la fin – de l’histoire, qui n’est pas très glorieuse. J’ai assisté à une réunion similaire à l’AFPA, j’ai passé et réussi leurs tests d’admission pour la formation que je visais… sauf qu’il s’est finalement avéré qu’elle ne correspondait pas à mes attentes !

J’ai été trompé par l’intitulé de la formation : Technicien Supérieur en Transport Logistique. Je croyais qu’il s’agissait d’une formation en logistique avec une spécialisation en transport mais qui me permettrait toutefois d’acquérir les bases afin de pouvoir exercer un métier de la logistique, y compris dans un autre domaine que le transport si je le souhaitais. Ayant pris connaissance de mon projet, et donc de la méprise qui en découlait, la responsable des admissions de l’AFPA m’a averti qu’il s’agissait en fait d’une formation complètement orientée transport (préparation d’une prestation de transport, définition du budget, gestion des véhicules, tout ça tout ça…) avec seulement un poil de logistique, ce qui s’éloigne de ce que j’avais prévu.

Vu que j’étais admissible, j’aurais pu malgré tout effectuer la formation. Mais bon… Déjà que j’avais du mal à me passionner pour la logistique, malgré son semblant de concordance avec mon profil, et à considérer cette réorientation comme autre chose qu’une solution par défaut… Autant dire que cette grossière erreur sur le contenu de la formation a douché le peu d’enthousiasme qu’il me restait. J’ai donc décidé de ne pas donner suite à cette piste.

 

Décidemment, je suis pas en veine avec les réorientations. C’est en effet à la même époque que j’avais également envisagé de devenir conseiller à l’emploi, avec la même réussite.

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Et maintenant, je fais quoi ? #corde

Je plaisante, j’ai pas l’intention de me foutre en l’air.

J’ai un blog à finir, d’abord.

Et vous, vous devez voter pour moi.

 

Générique : Yves Duteil – Prendre un enfant

 

* Dieu du commerce dans la mythologie grecque. J’ai pas trouvé mieux comme divinité liée au travail, à part un obscur Ponos sur qui je n’ai pas pu obtenir beaucoup d’infos ; de toute façon, un dieu grec qui n’est pas dans Saint Seiya ne mérite pas qu’on s’attarde sur son sort.

** Je sais, elle était facile à faire mais j’ai pas pu m’en empêcher.