Des fois, je me plains.

Si si, c’est vrai. Ne m’épargnez pas, admettez-le. Je suis grognon. Râleur. Gueulard. Chafouin, même.

C’est pas de ma faute, m’sieur le juge ! J’ai eu une enfance difficile : les pulls à col roulé, les quenelles sauce béchamel, les samedis soir devant Bouvard et Sébastien. Et puis un jour, tu grandis. Et là, c’est l’engrenage. Tu découvres les filles (de loin), le chômage (de près), les feuilles d’impôt avec un gros 0 qui, en sombre représentation de l’évaluation que tu fais de ta propre vie, te saute à la gueule pour bien te rappeler à quel point ta situation a l’odeur de l’étron fraîchement sorti de l’anus d’un éléphant ayant avalé son poids en pruneaux d’Agen. Encore plus quand tu en viens à regretter d’échapper à la ponction annuelle.

« Et merde, toujours quedale à payer cette année. »

Si votre score est supérieur au mien et est beaucoup trop élevé à vos yeux, et qu’un « Il est pas gêné, c’t’abruti ! Il a qu’à payer mes impôts si ça lui chante ! » vous a échappé en lisant le paragraphe précédent, demandez-vous si vous échangeriez votre déclaration de revenu avec la mienne, en sachant que la situation professionnelle est livrée dans le package.

Je suppose que la réponse est non. ;)

Bref, bref, bref. J’ai des circonstances atténuantes pour pinailler 23 heures sur 24. C’est certes un peu faible de se cacher derrière tout ça ; mais lisez les faits divers dans les journaux, vous verrez que c’est une pratique très à la mode dans le monde merveilleux du triptyque « viol – meurtre – découpage ». Je glisse dans le sens du vent, rien de plus. Comme si j’avais pris la mer et sorti la grand-voile (désolé, j’étais obligé de la placer).

J’arrête maintenant avant de partir dans un monologue sans fin que je réserve au futur « Vive la politique ! », quand le blog actuel sera fini.

Plantage of the décor with an introduction very very longue : check !

 

L’une des choses dont je me plains le plus souvent sur ces pages – je vous fais cadeau de mes obsessions IRL qui emmerdent déjà mon entourage  – est le mutisme des recruteurs suite aux entretiens d’embauche. Je devrais donc me réjouir des rares fois ou ces messieurs-dames daignent me faire part de leur réponse, fusse-t-elle négative (elle l’est toujours, d’ailleurs). Je devrais. Et pourtant…

L’histoire que je m’apprête à vous raconter aurait pu rester à tout jamais dans les limbes de ma mémoire, étant relativement banale dans sa quasi-intégralité.

Mais « banalité » est un mot qui n’existe pas dans mon quotidien de demandeur d’emploi. Chaque expérience, chaque recrutement, chaque cagade, à défaut d’être mémorable, mérite un tant soit peu d’être raconté(e).

Ainsi, cette histoire ne doit sa présence sur ce blog qu’à une toute petite touche d’originalité qui se situe, vous l’aurez déjà deviné, au niveau de la réponse post-entretien du recruteur.

Cela ne doit toutefois pas vous empêcher de lire ce qui suit dans son intégralité au lieu de foncer directement à la conclusion, bande de gros malins et de petites malines.*

 

L’offre à laquelle j’avais postulé était somme toute très classique : webmarketing, référencement, tout ça tout ça ; vous commencez à en avoir l’habitude. Et si c’est le premier article que vous lisez, désolé mais j’ai la flemme de développer. Je vous laisse combler les trous en lisant l’article où je parle de mon parcours.

Le boss de la boîte m’appelle pour fixer un entretien, lequel se déroule normalement.

Enfin presque. Un léger incident va venir troubler la monotonie du sacro-saint déroulement « Je vous présente l’entreprise puis le poste, vous me présentez votre parcours, vous me donnez trois qualités et trois défauts, vous me dites pourquoi je devrais vous recruter vous et pas un autre parce que vous comprenez, je suis trop con pour faire le boulot de recruteur moi-même, on passe aux questions subsidiaires hyper utiles sur vos loisirs, la profession de vos parents, votre nombre de frères et sœurs, le prénom de votre chien et votre couleur préférée, ayé c’est bon c’est fini, la sortie est derrière vous, on a vos coordonnées, on vous rappellera si on a le temps/l’envie/l’envie d’avoir envie/la motivation/le courage/si on s’en rappelle/si on n’a pas de problème technique qui nous en empêche/si on arrive enfin à faire un pu**** de publipostage pour répondre par e-mail à tous les candidats/si on estime que vous le méritez/si on a un stagiaire sous la main pour faire le sale boulot à notre place, il sera content le petit merdeux, ça le changera des photocopies et du café (rayez la/les mention(s) inutile(s)). »

En effet, pour avoir un avis supplémentaire, le recruteur fait venir un de ses référenceurs avec lequel le candidat retenu sera amené à travailler. Mon peut-être futur collègue (qui, vous vous en doutez, ne sera pas mon futur collègue) me demande de décrire en quelques mots ma manière de travailler, et plus précisément comment j’agirais si un client me confiait une prestation en référencement.

Je réponds que je commencerais par réaliser un audit du site Internet, aussi bien sur la partie technique qu’au niveau du référencement. Je prévoirais également d’effectuer une veille sur les concurrents et leur référencement respectif. Bref, je ferais un petit tour de la situation à l’instant où je prendrais le dossier en main afin de déterminer les points à améliorer.

Peu convaincu par ma réponse, le référenceur me rétorque : « Ok donc vous, vous expliquez au client qu’il a payé pour une prestation de référencement mais que vous n’allez rien faire pendant un mois, c’est ça ? »

Je me suis autorisé une seconde de self-control afin de me retenir de lui répondre « Non t’as raison, je vais pas me casser le cul pour un connard de client, on va juste le faire raquer et je vais prendre un malin plaisir à faire de la merde, je vais foncer direct sans réfléchir, je vais utiliser les mêmes techniques que pour un autre contrat sans m’occuper des spécificités du domaine d’activité du client, je vais utiliser des techniques pourries, style les inscriptions massives et automatiques dans des annuaires bidons, limite même je vais faire du Black hat SEO… Bah non connard, je suis pas du genre à saloper le boulot donc effectivement je vais prendre le temps de bien préparer le taf soigneusement au lieu de faire n’importe quoi. »

Tout ça en une seconde, ouais. Approximativement.

J’ai évidemment sorti une réponse bien plus diplomatique, en disant en gros qu’il y avait tout un ensemble d’actions importantes à effectuer avant se lancer dans une prestation, tout en précisant que cela ne me prendrait pas non plus un temps exagérément long et que, par conséquent, je serais opérationnel immédiatement. Ça m’a à peu près permis de limiter les dégâts occasionnés par ma précédente réponse.

À part ce petit accroc, rien de particulier. Quoique, c’est peut-être ça qui m’a coûté la place. Allez savoir…

 

Après trois semaines sans réponse, je relance le recruteur. Ce dernier me répond qu’un autre candidat a été sélectionné. Il me précise toutefois que « votre profil nous a paru tout à fait cohérent même si, compte tenu du nombre important de postulants, il a bien fallu faire un choix ».

Ok donc j’ai pas été pris parce que l’entreprise en a recruté un autre. Ça se tient. Ou quand l’expression « parler pour ne rien dire » prend tout son sens.

Quand je pense que c’est moi qui l’ai relancé, vu que je n’avais pas de nouvelles de sa part… J’ai bien fait d’insister, ça en valait carrément le coup.

J’ai tout de suite fait le rapprochement – et vous aussi, j’en suis sûr, fidèles lecteurs que vous êtes – avec une précédente expérience où le recruteur avait eu toutes les peines du monde à m’expliquer pourquoi il avait choisi un autre candidat, à base de « Euuuh… j’ai beaucoup hésité mais… euh… j’ai choisi un autre candidat ».

Avec ces réponses plus que floues, j’en arrive à me demander si le hasard ne vient pas jouer parfois un certain rôle dans ce genre de décision. Comme si ce recruteur (et d’autres avant lui), n’arrivant pas à choisir entre deux candidats, avait tiré à pile ou face pour départager les finalistes. Avec ma poisse légendaire, il n’y avait aucune chance que la pièce tombe du bon côté.

À titre de comparaison, vous avez sûrement entendu au cours de vos études cette légende urbaine selon laquelle certains profs balanceraient les copies à corriger dans un escalier et leur attribueraient à chacune la note correspondant au numéro de la marche sur laquelle elles auraient atterri : 20 pour celles qui restent en haut, 19 pour la marche suivante,… et ainsi de suite jusqu’au 0 pour celles qui se retrouvent en bas.

Si on croit à ça, on peut très bien imaginer que ce genre de pratiques se perpétue aux différentes étapes de la vie :

Pile ! Pas de place en crèche pour ton môme !

Face ! Dossier recalé en grande école, va voir à la fac si on y est !

Pile ! C’est pas à toi que je louerai mon appart’ !

Face ! Demande de prêt rejetée, démerde-toi pour acheter ta baraque !

Pile ! Pas de place en maison de retraite pour toi, t’as intérêt à avoir une famille aimante !

Face ! Pas de place pour ta tombe dans le cimetière, ce sera la fosse commune !

La nécessité de revenir au sujet initial afin de boucler l’article est la seule limite que j’impose à mon imagination. D’autant plus que, toute plaisanterie mise à part, je me doute bien qu’il y a une réflexion poussée derrière le choix d’un candidat, que ce soit dans ce recrutement ou dans les autres auxquels j’ai participé. Mais j’ai dû me contenter de cette réponse laconique ; à défaut d’en savoir plus sur les raisons de ce choix, ça m’a permis de me laisser aller à ce petit délire sur l’éventuelle part d’aléatoire dans les recrutements.

 

Ne vous méprenez pas : j’ai parfaitement conscience, tout compte fait, qu’il ne m’est pas arrivé quelque chose d’exceptionnel, encore moins quand on compare cette histoire avec toutes celles que j’ai racontées jusqu’ici. Tout juste s’agit-il d’une réponse d’un recruteur qui sort un peu de l’ordinaire (la réponse, pas le recruteur).

Cela valait-il le coup d’en chier une pendule ? Sûrement pas. D’y consacrer un article ? Probablement pas non plus, mais c’est trop tard. Et puis je vous avais prévenu : je me plains souvent.

Et vas-y que je te ponds un article en mode « boucle » avec la fin qui fait écho au début. Trop fort.

 

Générique : Alex Hepburn – Under

 

* Vous noterez au passage l’habile pirouette diplomatique consistant à ne pas utiliser le qualificatif « gros » pour mes très chères lectrices…