Il y a plusieurs mois de cela, j’avais écrit un article sur la journée-type d’un chômeur en me basant sur un échantillon représentatif d’une personne. J’avais pondu ce texte car c’est une question que l’on me posait souvent (et que l’on me pose toujours, d’ailleurs) ; et accessoirement parce que j’avais remarqué que pas mal d’internautes arrivaient sur mon blog en effectuant ce genre de requête dans les moteurs de recherche.

Je me rends compte aujourd’hui que j’ai oublié de mentionner dans cette liste une action que j’effectue pourtant scrupuleusement chaque jour : aller vérifier le compteur de visites du blog. Ledit compteur avait joliment chauffé en fin d’année, avec notamment un gros boost en octobre grâce à un sujet créé par une de mes lectrices sur le forum d’Actuchômage.

Du coup, je me surprends à avoir des exigences et à être déçu quand les chiffres ne sont pas bons. D’ailleurs, ils sont un peu en baisse depuis deux-trois mois mais cela s’explique par le fait que le boost précédemment cité s’est logiquement estompé. Et si les visiteurs sont légèrement moins nombreux, ils restent plus longtemps et consultent plus de pages. Pas de quoi déprimer, donc.

Je précise que je me base uniquement sur le tableau d’administration de Canalblog. J’ai bien essayé d’installer le tracker de Google Analytics mais il doit y avoir une couille dans le pâté, parce qu’il a comptabilisé en tout et pour tout 8 visites depuis décembre 2011. Si des utilisateurs de Canalblog passent par là et peuvent éclairer ma lanterne à ce sujet…

 

Bref, passons. Il y a quelques jours, en effectuant ma vérification quotidienne, je constate que la barre de l’histogramme correspondant au nombre de visites de la journée qui vient de s’écouler est anormalement élevée. Je fonce donc consulter les statistiques détaillées pour en savoir plus et je découvre ainsi que tous ces nouveaux lecteurs arrivés en masse proviennent du site Slate.fr.

Un article venait en effet d’y être publié quelques heures plus tôt. Monique Dagnaud, sociologue au CNRS, y parle des jeunes diplômés chômeurs qui racontent leur expérience (dont moi, donc), ainsi que de la manière dont nous nous y prenons pour faire partager nos péripéties, exemples à l’appui. Et comme elle le fait si justement remarquer, « ces récits fictionnels, ces journaux intimes, ces cartoons parlent plus que les statistiques pour évaluer la course d’obstacles que représente aujourd’hui l’obtention d’un premier emploi. »

J’aurais pu me contenter de ne remarquer que le petit extrait d’un de mes épisodes qui y a été cité ; mais j’ai bien évidemment pris le temps de lire l’article en entier et je vous recommande chaudement d’en faire autant car il est vraiment excellent et très intéressant, même si ça fait beaucoup de rimes en « -ant ».

Après une première partie consacrée à citer quelques-uns d’entre nous, pauvres hères blogueurs/chômeurs, l’auteur analyse ensuite l’immense décalage entre, d’un côté, les sempiternels conseils formatés, soi-disant miraculeux et généreusement distribués par des donneurs de leçons pseudos spécialistes du recrutement ; et de l’autre côté, la réalité des emmerdes que nous vivons au quotidien, notamment quand nous avons en face de nous les mêmes professionnels qui restent hermétiques à l’application des dits conseils qu’ils ont eux-mêmes prodigués.

Pour illustrer cela de manière un peu plus claire que le bordélique paragraphe que vos yeux viennent de subir, je me permets de citer un autre passage de l’article, à mon sens le plus savoureux : « Le témoignage des chômeurs diplômés dans les blogs et les réseaux sociaux offre une réplique cinglante, et souvent pleine de vitalité, à ces responsables sans visages de la finance, de l’économie et des bureaucraties, et leurs intermédiaires zélés, les spécialistes et les agents du recrutement. »

Comme vous vous en doutez, j’ai adoré cet article et les analyses très pertinentes qui y sont faites, indépendamment du petit coup de pub dont je bénéficie. Et j’insiste, je vous recommande vraiment de le lire.

Deux petites précisions linguistiques avant de continuer :

- vous aurez noté (ou pas) que j’ai écrit « auteur » pour une femme ; après moult vérifications, la variante « auteure », si elle est répandue, n’est pas acceptée par l’Académie française. Dont acte.

- le mot « hère » est très pompeux et son utilisation vous fera donc briller en société ; pour autant, il ne vous rapportera quasiment rien au Scrabble. De toute façon, à part nos chers députés, qui joue encore au Scrabble de nos jours ?

Voilà, ça c’était pour le petit intermède « Rolala mais on en a rien à foutre, étouffe-toi avec ton dico ».

 

Inutile de vous dire que, toutes proportions gardées, ce petit quart d’heure de micro-gloire m’a rendu un chouïa fier et content. Le regard vif, le poil brillant, la truffe humide, la queue-queue qui remue : tous les voyants sont à peu près au vert. Et tel un symbole, cet afflux de lecteurs m’a permis de franchir la barre des 20000 visites alors que, jusque-là, je me contentais de m’en rapprocher assez laborieusement.

20000 depuis la création du blog, hein. Pas 20000 par jour. Je précise, des fois que…

N’y voyez surtout pas le moindre gonflement de chevilles de ma part. Certain(e)s d’entre vous ont eu l’extrême gentillesse de me demander « À quand le bouquin ? » et je les en remercie, le compliment me touche beaucoup. Mais j'ai bien sûr parfaitement conscience d'en être encore très loin ; c’est un peu comme si je voulais racheter Google et que je venais de trouver 5€ par terre. Mais au moins, j’y ai gagné un minuscule début d’ébauche d’embryon de web-notoriété, ainsi que quelques visiteurs. Et si certains d’entre eux deviennent de fidèles lecteurs, qu’ils parlent du blog autour d’eux, que ça m’amène des visiteurs, que certains d’entre eux deviennent de fidèles lecteurs… etc., qui sait jusqu’où tout ça peut aller. Un pierre-feuille-ciseaux avec Curiosity sur Mars, je dis pas non.

Non parce que bon, c’est bien gentil tout ça, mais pour l’instant je reste un troufion anonyme derrière mon pc. Ne vous méprenez pas sur mes ambitions : passer à la télé ne m’intéresse pas, mais alors pas du tout. Par contre, choper autant que DSK, c’est pas de refus. Car quand je vois qu’un pervers vieux et moche a le tableau de chasse d’un acteur porno, je me dis que la notoriété doit avoir une influence non négligeable et qu’un petit coup de pouce à ce niveau-là ne me ferait pas de mal. À condition de ne pas me taper les mêmes boudins, évidemment.

Plus sérieusement, si un tel truc pouvait m’arriver… Et là, je vais pas finir cette phrase. Faut pas déconner non plus, aucune chance que ça se produise. Allez zou, on redescend de quelques centaines de millions de kilomètres, j’ai ma déclaration RSA à remplir.

En tout cas, je vous remercie pour les compliments glissés ici ou là, ça fait toujours plaisir. Et puis du coup, n’hésitez pas vous aussi à faire tourner le blog autour de vous (hop, un peu de racolage en douce pour finir l’article), on ne sait jamais.

Et vite fait en passant : le prochain article va être wunderschön et unglaublich. Je trouve que ça sonne mieux en allemand.

 

Générique : Jean-Jacques Goldman – Au Bout De Mes Rêves