Comme je l’avais déjà évoqué dans l’article sur les conseils de rédaction du CV et de la lettre de motivation, rédiger un curriculum vitae est un exercice bien particulier. Il faut se torturer l’esprit pour décider quels renseignements indiquer, comment les mettre en valeur, dans quel ordre les uns par rapport aux autres… etc. Un vrai casse-tête.

Une partie du CV en particulier est sujette à beaucoup de discussions enflammées (rien que ça) : la rubrique « divers », dans laquelle on case ce qu’on n’a pas réussi à placer ailleurs et qui ne concerne pas le monde du travail en général. Encore que, certains trouvent le moyen d’y indiquer leurs compétences informatiques et linguistiques ; encore un truc que je ne comprendrai jamais mais bref, passons.

Cette rubrique vous permet donc de partager votre pratique de la voile, votre activité de bénévole pour une association caritative, vos dons musicaux, ou encore votre passion pour la peinture baroque moldave.

Bien évidemment, on ne peut pas écrire tout et n’importe quoi dans cette rubrique. Déjà, il faut que le renseignement soit suffisamment important pour être signalé ; les recruteurs se foutent pas mal de savoir si vous êtes plutôt thé ou café le matin. Et surtout, il ne faut pas que ces informations soient pénalisantes. Évitez de préciser que votre amour des bêtes vous amène parfois à dépasser certaines limites que la morale réprouve, ou encore que vous êtes l’auteur d’un essai intitulé « Adolf, reviens, ils sont tous devenus fous ».

De manière plus globale, il n’y a pas la place sur un CV pour indiquer tout ce que l’on aime. Pour ma part, si je mentionne le blog ainsi que mes pitoyables tentatives de courir après le ballon rond, il va de soi que je ne parle pas de mon amour immodéré pour ce magnifique jeu qu’est le blackjack.

Non pas que ce loisir soit particulièrement honteux ou répréhensible ; mais ça n’a tout simplement pas sa place dans un document destiné à attirer l’attention d’un éventuel futur employeur, cela va de soi.

Et pourtant… j’ai réussi à caser ma passion pour ce célèbre jeu de cartes dans une candidature !

Je ne vais pas m’étendre ici sur les événements qui m’ont amené à découvrir le blackjack. C’est loin d’être hyper passionnant, et je ne voudrais surtout pas éveiller de vocation chez vous. Au-delà du fait que ma responsabilité morale serait engagée si le démon du jeu s’emparait de vous et de vos économies, je ne tiens pas à augmenter le nombre de joueurs : c’est déjà bien assez compliqué de trouver une place à une table dans les casinos.

 

L’offre d’emploi en question concerne un poste en webmarketing, classique. Elle est publiée par une entreprise qui commercialise du matériel pour jeux de cartes : jetons, tapis, cartes, mallettes de poker… C’est pour cela que je me suis permis de glisser dans ma lettre de motivation le fait que l’univers du casino et des jeux de cartes m’était familier.

Impossible de dire si cela a joué dans la décision du recruteur ; toujours est-il que je suis convoqué pour un entretien qui se passe très bien, mon profil correspondant aux attentes de la société. J’apprends par ailleurs, au moment d’aborder les prétentions salariales, que mes demandes se situent pile dans la fourchette proposée par l’entreprise. Mon interlocutrice me précise même que certains candidats se sont grillés tout seul en demandant trop, parfois 400€ de plus par mois que ce que l’entreprise avait prévu.

Petite précision supplémentaire : ce n’est pas une création de poste. Le candidat recruté remplacera la personne qui occupe la même fonction mais qui a décidé de quitter l’entreprise. Ce détail aura son importance par la suite.

L’entretien s’est très bien déroulé, le contact est bien passé avec mon interlocutrice qui a eu l’air d’être intéressée par mon profil. J’ai donc bon espoir pour la suite.

 

La suite, c’est rien. Pas de réponse, le vide, nada. Jusque-là, rien de neuf sous le soleil. J’ai l’habitude… Mais là non, pas d’accord. Le poste est cool, la boss est cool, la boîte a l’air cool : hors de question que je laisse passer une occase pareille. Je décide donc de lui envoyer un petit e-mail pour lui demander où en est le recrutement. Elle me répond assez vite pour me dire que la décision est mise en attente. En effet, suite à une discussion en interne avec la fameuse personne qui s’apprête à quitter le poste, l’entreprise n’est plus tout à fait sûre qu’un temps plein soit nécessaire.

Déjà, le fait de se poser la question de réduire drastiquement le temps de travail signifie que le mec en place ne devait pas faire grand-chose. Du coup, il est un peu bête de vouloir quitter un boulot où il est payé plein pot pour une charge de travail peu élevée. Toujours est-il que je réponds à la recruteuse que, même si le poste n’est qu’un temps partiel, il m’intéresse toujours ; et donc, qu’elle peut conserver ma candidature.

Une semaine plus tard, la recruteuse m’envoie un nouvel e-mail pour m’informer que le recrutement est mis en attente jusqu’à une date indéterminée. On est donc passé d’un temps partiel à plus de boulot du tout. Confirmation : le mec en place servait vraiment à quedale ! Enfin c’est pas pour être méchant, hein. Même si j’aime ça… Mais faut regarder les choses en face : un salarié s’apprête à quitter une entreprise qui estime qu’elle n’a pas besoin de le remplacer pour effectuer ses missions, autant dire qu’il était payé à rien faire.

Du coup, je me suis fait une petite réflexion… S’ils n’ont pas besoin de remplacer le gars en poste, c’est qu’ils n’avaient pas besoin de lui non plus à la base ; par conséquent, un salarié à ce poste ne crée pas, selon eux, de valeur ajoutée. Et une boîte qui rémunère un salarié qui ne lui sert à rien, elle perd de l’argent dans l’affaire…

Donc heureusement que le mec en place a décidé de quitter l’entreprise de lui-même ! Parce que sinon, cette dernière n’aurait pas pu le virer avant d’être financièrement dans la dèche. Ce qui aurait pu arriver très vite, vu que c’est une petite boîte d’à peine 10 salariés qui ne doit pas particulièrement rouler sur l’or.

Enfin bon, je me suis enquiquiné à réfléchir là-dessus mais, au final, j’en ai pas grand-chose à foutre vu que ça ne me concerne plus. J’en ai eu la confirmation définitive deux mois après quand je me suis permis, à tout hasard, de relancer la recruteuse. On sait jamais, la situation aurait pu évoluer et le recrutement aurait pu être dégelé.

Ou pas. Mon interlocutrice m’a répondu que la situation n’avait pas évolué et que l’entreprise ne prévoyait pas de recruter un candidat à ce poste ; d’ailleurs, c’est elle-même qui a depuis repris les fonctions occupées par l’ancien titulaire du poste. La patronne de l’entreprise qui trouve le temps de se rajouter du boulot : y a pas à dire, le mec était vraiment indispensable à l’entreprise.

 

-----

 

Quelques mois plus tard, j’ai postulé à une offre d’emploi au sein d’un grand groupe spécialisé dans les casinos. Je n’écris pas un autre article spécialement pour ça, surtout que cette candidature n’a même pas débouché sur un entretien. Mais c’était juste pour dire que j’avais une seconde fois trouvé le moyen de parler de mon appétence (et hop, un nouveau mot appris) pour le blackjack dans ma lettre de motivation.

Mais comme je viens de le dire, ça ne m’a pas plus porté chance que la fois précédente. Je n’ai toujours pas trouvé de boulot, ni dans ce domaine, ni dans un autre. Je n’arrive donc toujours pas à gagner ma vie.

Du coup, je continue de tenter ma chance au casino…

 

Générique : The Rolling Stones – You Can't Always Get What You Want*

 

* Subtile allusion au film « Las Vegas 21 », cette chanson figurant sur la BO. Le film raconte l’histoire véridique d’un groupe d’étudiants surdoués en maths qui ont utilisé leurs aptitudes en calcul pour compter les cartes au blackjack, ce qui leur a permis de gagner des millions de dollars. Sans être un chef-d’œuvre, le film est sympa à voir ; surtout si vous aimez les casinos.