En lisant le titre de cet épisode, vous vous êtes certainement dit que j’avais encore pété un câble à propos du chômage ou de l’un des 137 694 sujets futiles contre lesquels je pars régulièrement en guerre ; et que, par conséquent, je m’étais défoulé en commettant d’horribles sévices physiques et/ou sexuels sur le premier chat errant ou sur la première petite vieille qui s’était mis sur mon chemin.

En fait, pas du tout. Figurez-vous que, dans cette histoire, c’est moi la victime.

 

Tout commence par une offre d’emploi un peu floue dans laquelle il est vaguement question de référencement. J’y postule et je suis rappelé par le big boss en personne, ce dernier souhaitant faire le point sur mon profil avant d’envisager de caler un entretien.

Ça ne sera finalement pas le cas car l’entreprise cherchait un candidat ayant également des compétences de webmaster. Si j’avais été informé de cette exigence, je n’aurais pas envoyé ma candidature. Mais ce n’était pas précisé dans l’annonce…

Bref, nous convenons tous les deux que mon profil ne correspond pas. The end, donc.

Sauf que la conversation ne va pas s’arrêter là. Ayant remarqué le vilain trou sur mon CV, il va commencer à orienter la discussion sur mon parcours et plus particulièrement sur son aspect le moins reluisant, à savoir l’inactivité.

Et sous couvert de me donner des conseils, il va proprement m’allumer la gueule.

Déjà, il commence par se ridiculiser tout seul en voulant corriger les informations que je donne sur ma précédente expérience, dont j’indique à la fois le type de contrat et la durée. Il me dit que cette expérience, contrairement à ce que j’affirme, n’était pas un contrat à durée indéterminée. Genre, le mec connaît mieux mon parcours que moi… Je lui répond que si, il me rétorque sèchement : « Bah non, vous avez indiqué les dates de votre contrat. S’il y a une date de fin, ce n’est pas un CDI.

- Bah si, c’en était un. Mais il s’est fini en licenciement économique, c’est pour ça qu’il y a une date de fin.

- Ah… Oui, en effet… »

Allez, prends-toi ça dans les dents.

Pas découragé pour un sou, ce vieux con charmant monsieur cherche donc un autre moyen de me fracasser les jambes m’aider. Il me dit que j’aurais dû passer auto-entrepreneur au lieu de rester à ne rien faire, et ce depuis déjà très longtemps. Une énième culpabilisation des chômeurs par des nantis… Si vous êtes inactif, c’est que vous l’avez bien cherché. Grosse feignasse.

Je tente de me justifier en lui répondant que, certes je suis sans emploi depuis déjà un paquet de temps, certes je n’ai pas créé ma boîte ni pris le statut d’automachintruc, mais que je tente de pallier à mon inactivité en bidouillant du référencement à droite et à gauche, pour des sites personnels ou pour ceux de personnes de mon entourage. Il me coupe en me lançant d’un ton très agressif :

« Non mais c’est bon pour les étudiants, ça ! Au bout d’un moment, il faut entrer dans la vie professionnelle ! »

Ah. Je crois que je viens de me faire « Peter-Pan-iser ». J’aurais mieux fait de me taire.

 

Bilan de la conversation téléphonique : une lourde défaite par KO au deuxième round.

Ce pauvre type était tellement imbu de sa personne et sûr d’avoir raison qu’il n’a pas supporté l’idée que le misérable chômeur que je suis puisse lui répondre et tente de se défendre en argumentant, au lieu de le bénir et de le remercier de m’avoir montré la lumière ; d’autant plus que je suis resté courtois tout au long de la discussion, une peine que lui-même ne s’est pas donné.

Cela dit, je ne suis pas à sa place. Peut-être avait-il passé une très mauvaise journée ; ou plus généralement, peut-être traversait-il à l’époque la crise de la cinquantaine, voire de la soixantaine, quand on se rend compte qu’on n’arrive plus à se lever la bistouquette parce que les artères ne fonctionnent pas, ou parce qu’on est marié depuis trente balais à la même grognasse imbaisable.

Du coup, ça avait l’air de lui faire tellement plaisir que je n’ai pas osé le couper. Je me suis dit que j’allais faire le dos rond pendant qu’il me sortirait son discours moralisateur, mais je ne pensais pas qu’il serait aussi cassant. Heureusement que c’est lui qui m’a appelé ; si ça avait été l’inverse, je lui aurais raccroché au pif au lieu de claquer mon forfait pour me faire cracher dessus. Mais bon, je lui ai permis de se défouler un peu. Ma bonne action vaut bien la sienne.

Décidemment, c’est pas ma période avec les recruteurs. Je me fais poutrer la tronche par tout le monde.

Il y a des jours où il vaut mieux rester chez soi. Bon, là en l’occurrence, l’expression ne fonctionne pas. Mais vous m’avez compris.

 

Générique : Suzanne Vega – Luka