Les jeunes à la recherche d’un emploi voient très souvent se dresser sur leur route un obstacle malheureusement très teigneux : le manque d’expérience.

C’est un grand classique pour les jeunes diplômés : personne ne leur donne leur chance car ils n’ont pas d’expérience. Mais si tous les recruteurs raisonnent comme ça, un jeune diplômé n’obtiendra jamais son premier emploi, ne mettra jamais le pied dans le monde du travail et ne pourra jamais lancer sa carrière. Les recruteurs espèrent que d’autres entreprises prendront le risque d’embaucher un jeune et de lui faire acquérir de l’expérience afin qu’il devienne recrutable d’ici quelques années.

Il y a toutefois un moyen de résoudre le problème apparemment insoluble du jeune diplômé qui sort des études sans expérience professionnelle : l’alternance. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais initialement choisi cette voie pour mes études avant de me rétracter, faute d’avoir trouvé une entreprise pour m’accueillir.

Consciente de son retard en la matière, la France essaye depuis quelques années de mettre l’accent sur l’alternance pour favoriser l’insertion professionnelle des djeun’z. C’est un bon début.

Je tiens tout de même à rassurer les nouveaux arrivants sur le marché du travail, ou ceux qui s’apprêtent à y entrer dans un futur proche : votre manque d’expérience n’est pas seulement un handicap, il peut également être un atout. En effet, cela fait de vous des smicards potentiels ; en ces temps troubles de cataclysme économique, le peu d’exigence en matière de rémunération est une qualité très appréciée des entreprises.

Moi, cynique ? Meuh non.

 

Il existe une variante pour les chômeurs de longue durée – pas de jaloux ! – qui consiste à se faire refouler pour cause d’inactivité prolongée. Parce que, vous comprenez, « ça fait longtemps que vous ne travaillez plus, votre métier a évolué, on veut quelqu’un qui soit opérationnel immédiatement… etc. »

Ça, c’est la face émergée de l’iceberg. Ce qu’on n’ose pas vous dire en face, c’est que votre inactivité fait de vous quelqu’un d’inemployable, pas seulement au niveau professionnel mais également au niveau social.

Et oui : le chômeur se lève après midi, il passe sa journée en peignoir, affalé sur le canapé à manger des chips au Nutella devant la téloche, il se lave trois fois par mois, il ne sait plus comment se comporter avec d’autres êtres humains, et même que parfois il mange des enfants. Alors se remettre à travailler… vous n’y pensez pas !

Sauf que si tous les recruteurs raisonnent comme ça, sur le même principe que le jeune diplômé à qui personne ne donne sa chance, les demandeurs d’emploi concernés vont rester au chomdu et leur inactivité va se prolonger. Ils auront donc moins de chances de décrocher des entretiens et encore moins de chances de retrouver du travail. C’est l’effet boule de neige ; ça tombe bien, c’est la saison.

Bah d’ailleurs, presque tous les recruteurs que j’ai rencontrés ont raisonné comme ça…

Du coup, je me dis que les candidats ayant remporté le gros lot lors des recrutements auxquels j’ai participé ne devaient pas être dans la même situation que moi. Si ça se trouve, pendant tous ces longs mois où j’étais au chômage, ces gens-là ont bossé puis, se retrouvant sans emploi, ils ont postulé aux mêmes offres que moi et ils me sont passés devant car, leur inactivité étant plus courte que la mienne, leurs profils respectifs étaient plus attractifs pour les recruteurs.

C’est surtout ça que je trouve injuste, en fait. Cette impression de devoir me contenter d’assister à une partie de chaises musicales à laquelle on ne m’invite jamais à participer. Alors ok, les entreprises ne sont pas là pour faire du social. Mais bon… vous voyez bien les effets néfastes de ce raisonnement. Faut se mettre à la place du chômeur à qui on balance systématiquement cet argument pour justifier sa mise à l’écart.

À titre personnel, j’essaye de garder un pied dans le webmarketing autant que faire se peut : je me tiens au courant de l’actualité, notamment en parcourant les sites et forums spécialisés, je lis des ouvrages sur le sujet, je référence mon blog, j’essaye de bosser sur le référencement d’autres sites… Mais j’ai bien conscience que ça ne remplace pas un « vrai » travail ; et il va de soi que je comprends le raisonnement des entreprises.

Jusqu’à une certaine époque, cette douloureuse facette de mon profil ne dérangeait pas trop les recruteurs. Mais ça ne pouvait évidemment pas durer éternellement…

 

La première fois que cela m’est arrivé, j’avais été convoqué en entretien suite à une candidature pour un poste en communication. La première entrevue avec la DRH s’est bien déroulée. Je l’ai même particulièrement appréciée car, en plus du traditionnel face-à-face, j’ai eu droit à un test de logique. Vous savez, les exercices du style « complétez la suite 2-4-6-8-… » ; loin d’être une contrainte, c’était même une amusante distraction pour un esprit détraqué comme le mien. Et puis ça change un peu.

La suite a été moins réjouissante. Certes, j’ai obtenu un second entretien ; mais là, fini de jouer. Je suis reçu par deux nénettes qui, après les banalités traditionnelles sur mon parcours, en viennent fatalement à me cuisiner sur mon inactivité. Je me défends comme je peux et l’une de mes deux interlocutrices a même la bonté de reconnaître que « bon, c’est déjà bien d’essayer de travailler de votre côté ». Un point pour moi.

Mais la deuxième, probablement dans l’optique de jouer au bon et au méchant flic avec sa collègue, émet beaucoup plus de réserves sur mon trou (celui sur mon CV, hein…). Elle se montre froide tout au long de l’entretien, me casse sans arrêt et n’hésite pas à lourdement insister plusieurs fois à base de « enfin quand même, ça fait longtemps que vous ne travaillez plus ».

Elle se montre toutefois très généreuse (« La p*** au grand cœur », comme dirait Pierre Perret) en me donnant ce conseil ô combien pertinent : « Vous devriez avoir votre propre site Internet pour indiquer vos références et proposer vos services ». Oui bah je suis pas développeur, hein ! J’ai juste ce blog sur lequel je peux faire un peu de référencement… Vous vous doutez bien que ce second entretien a été synonyme de game over pour moi, ce qui ne m’a évidemment pas du tout surpris au vu des circonstances.

 

J’adore les donneurs de leçons en mode « yakafokon », comme si c’était aussi simple que ça… Vous vous imaginez dire à un sans-abri « Vous devriez vous trouvez un logement » ?

J’en ai vraiment marre de tomber sur des recruteurs remplis de préjugés qui sont bien au chaud dans leur bulle et qui ne réalisent pas à quel point le marché de l’emploi est en crise. C’est inconcevable pour eux que le chômage puisse s’éterniser. Forcément, c’est plus facile de critiquer quand on a un travail.

J’ai parfaitement conscience que le fait d’obtenir un entretien ne signifie pas automatiquement que l’on sera recruté ; mais je ne comprends vraiment pas pourquoi certains recruteurs me font venir quand ils savent à l’avance qu’ils ne m’embaucheront pas. J’ai en effet parfois l’impression, notamment dans le cas évoqué plus haut, que c’est joué d’avance et que l’on m’a convoqué juste par curiosité, au cas où j’aurais une « bonne » excuse pour justifier ce trou béant sur mon CV.

Du point de vue de bon nombre de recruteurs, la conjoncture actuelle n’est pas une « bonne » excuse. À partir du moment où vous avez la capacité de travailler, vous devez vous démerder pour exercer une activité, d’une manière ou d’une autre. Quand j’essaye d’expliquer mon inactivité par le peu d’opportunités, la très forte concurrence sur chaque offre et le cycle infernal « refus => inactivité => refus => inactivité => …etc. », il m’arrive de me faire méchamment rembarrer : « Ah, donc vous n’y êtes pour rien, c’est la faute des autres ? ».

Une raison valable d’avoir un trou dans un CV serait d’avoir vécu un événement suffisamment contraignant pour vous avoir empêché de chercher du travail et d’exercer une activité professionnelle. Par exemple, un problème de santé. Au point où j’en suis, je pense sérieusement que je vais finir par la tenter un jour, celle-là :

« Et depuis votre dernier emploi ? Rien du tout ?

- Euh… Non…

- Ah… Comment ça se fait ?

- Bah j’ai chopé une petite tumeur au cerveau. Entre la chimio, l’opération et la convalescence, ça m’a occupé plusieurs mois pendant lesquels j’ai pas pu chercher de travail. Mais c’est du passé, là je pète la forme. »

Petit rappel juridique : il n’est pas interdit de mentir pendant un processus de recrutement. C’est la responsabilité de l’entreprise de vérifier les informations que vous lui donnez. Si elle vous recrute en se basant sur un mensonge, elle est la seule responsable et ne peut pas vous renvoyer.*

L’inactivité pour cause de grave maladie, cap ou pas cap ? Non, c’est pas une bonne idée de balancer ça lors d’un entretien. Je risquerais de me faire recaler. Ce serait vraiment trop bête.

 

Générique : Orianthi – According to you

 

* Si c’est également le cas en Italie, ça pourrait expliquer les failles dans le recrutement des capitaines de navire chez Costa Croisières.