Comme je l’ai évoqué dans l’épisode précédent, j’ai participé il y a quelque temps à un apéritif organisé par et pour des professionnels du référencement.

Cet apéro, organisé dans un bar, avait toutefois une particularité très originale : aucune boisson n’était offerte. On était donc tous libres d’aller commander à boire. Original mais bon, en même temps, j’étais pas venu pour picoler.

Histoire de ne pas constamment utiliser des expressions de vingt mots pour désigner les personnes que j’y ai rencontrées, je vais leur donner à chacune un petit surnom. Voici le détail de ce casting haut en couleur :

BFF : acronyme de Best Friend Forever. Vous l’aurez deviné, il s’agit du gars qui m’a planté lors d’un recrutement pour une histoire de fesses.

Matos : responsable commercial (ou un truc dans le genre) de l’entreprise Matos.com, spécialisée dans l’achat et la vente de matériel informatique. Les aficionados de la série de jeux vidéo Pro Evolution Soccer, qui ont l’habitude de voir des noms de joueurs grossièrement déformés pour cause de fausse licence, auront vite deviné la véritable identité de l’entreprise. Les autres aussi, probablement.

Petit Veinard : référenceur recruté par Matos.com peu de temps avant l’apéro référencement.

Artémis : directrice d’un cabinet de recrutement spécialisé dans les métiers du web et de l’informatique ; donc une chasseuse de tête, d’où son petit nom en référence à la déesse grecque de la chasse. J’aurais pu l’appeler Diane comme dans la mythologie romaine, surtout que c’est un vrai prénom ; mais comme vous l’avez peut-être remarqué en lisant ce blog, notamment les quelques références aux Chevaliers du Zodiaque glissées ici ou là, ma préférence va nettement à la mythologie grecque.

Sisyphe : dirigeant d’une entreprise de webmarketing dont la particularité est de passer son temps à publier des offres d’emploi sans jamais réussir à recruter qui que ce soit. On est plus proche de la recherche du mouton à cinq pattes que du mythe du pauvre gars qui tente désespérément de faire rouler son caillou en haut d’une colline, mais j’ai rien trouvé de mieux. Et au moins, ça vous permet de vous cultiver.

Je : bah, moi.

Les autres participants n’ayant pas joué un rôle très important dans cette histoire (en plus d’être interchangeables les uns avec les autres), ils ne seront pas crédités dans cet épisode. La vie de figurant est souvent injuste.

 

Comme je le disais dans l’article précédent, je suis arrivé en avance à l’apéro. Mon BFF et son collègue de l’association de référenceurs étaient déjà présents. Par la suite, les autres participants sont arrivés au compte-gouttes. Quand je me suis rendu compte que, mine de rien, on était presque 30, j’ai finalement compris pourquoi les boissons n’étaient pas offertes.

Une fois tout ce beau monde installé, nous avons entamé l’apéro par le sacro-saint tour de table afin que chacun se présente. Je suis passé en dernier, ce qui m’a permis de constater que chaque intervenant avait une bonne situation professionnelle. Shit, pas un seul autre chômeur pour m’empêcher de me taper l’affiche. D’un autre côté, j’étais venu pour filer des CV ; c’était donc pas plus mal qu’il n’y ait pas de concurrence.

Ça n’a pas loupé : je me suis présenté en commençant par « apparemment, je suis le seul chômeur ici ». Une fois les rires arrêtés, mon BFF a pris la parole pour informer l’auditoire de notre petite histoire et leur dire que j’étais potentiellement employable puisque lui-même avait pris la décision de me recruter avant de me planter un couteau dans le dos, de l’arracher pour pouvoir me couper les testicules avec, et de me les faire manger après les avoir allègrement trempées dans de l’huile de foie de morue. Enfin je résume grossièrement, il ne l’a pas exactement dit comme ça. Toujours est-il que cela a permis de préparer tout ce beau petit monde à l’idée que je passerai le reste de la soirée à leur courir après pour leur refourguer mon CV.

Une fois les présentations faites, mon BFF a lancé les débats en parlant de l’actualité du référencement, des dernières mises à jour effectuées par Google et des conséquences sur les évolutions du métier. Chacun y est allé de sa petite expérience personnelle et de ses suggestions. Quelques intervenants ont même exprimé leurs désaccords, mais sans que cela ne dépasse le stade du débat calme et courtois. Là encore, on peut regretter le manque flagrant d’alcool dans le sang de mes confrères référenceurs ; une geek-war aurait joliment pimenté la soirée.

 

Après avoir virtuellement refait le monde du SEO, il nous a été proposé de prolonger cette discussion en petits groupes. C’était l’occasion pour moi d’aller proposer mes services, tel une prostituée albanaise arpentant désespérément les trottoirs lugubres de notre chère capitale, même si je ne vois pas bien pourquoi je fais cette comparaison ; mon psy pourra probablement répondre à cette question, laissons cela de côté.

J’ai commencé mon périple par la table la plus proche où se trouvaient Artémis, Matos et Petit Veinard. Dans un premier temps, ma participation a surtout été passive, Artémis et Matos échangeant sur leurs parcours respectifs. C’est là que j’ai appris que c’est Artémis qui avait envoyé Petit Veinard chez Matos.com. Elle avait auparavant proposé sa candidature à Sisyphe (ça va, vous suivez ?), mais ce dernier n’y avait pas donné suite. Je précise que j’avais moi-même vu l’offre d’emploi de Matos.com et que je n’y avais pas postulé, estimant que mon profil n’était pas assez bon. En parlant avec Petit Veinard, j’ai eu la confirmation que son profil était bien supérieur au mien ; j’ai donc été étonné d’apprendre que Sisyphe n’avait pas voulu de lui, alors qu’une grande entreprise telle que Matos.com n’avait pas hésité à le recruter. Petit Veinard m’a d’ailleurs confié, sans toutefois entrer dans les détails, que le processus de recrutement avec Sisyphe avait été assez étrange et avait méchamment traîné en longueur. C’est Artémis qui a conclu ce chapitre d’un cinglant « Eux, ils ne trouveront jamais personne… », à voix basse car Sisyphe se trouvait juste à côté de nous.

Ensuite, Matos et Petit Veinard m’ont laissé en tête-à-tête avec Artémis. On a parlé de mon parcours, j’ai eu droit au sempiternel « T’es dans le webmarketing, tu devrais avoir un blog », puis je lui ai montré mon CV. Je venais de le refaire de fond en comble mais elle me l’a démoli pièce par pièce en me disant que je ne devrais pas suivre les conseils du Pôle Emploi, qui pousse les chômeurs à faire des CV basés uniquement sur les compétences et non sur le détail des expériences professionnelles. D’après elle, ce genre de CV finit systématiquement à la poubelle. C’est en me basant sur ces précieux conseils que j’ai à nouveau remodelé mon curriculum tel qu’indiqué dans l’épisode consacré au CV et à la lettre de motivation.

J’étais vachement bien avec mes nouveaux potes, d’autant plus que toutes ces discussions étaient réellement instructives. Mais j’ai repensé à ce pour quoi j’étais venu : il était temps pour moi d’aller me mêler à d’autres groupes.

C’était beaucoup plus compliqué que précédemment puisque j’arrivais au beau milieu de conversations déjà bien entamées. J’ai quand même réussi à attirer l’attention d’un des gars qui m’a gentiment laissé 17 secondes pour expliquer ma situation avant de me raconter sa vie pendant 17 minutes. Puis je me suis éclipsé vers un autre groupe où j’ai pu papoter avec deux autres référenceurs qui m’ont indiqué qu’ils ne prévoyaient pas de recruter mais qui ont quand même accepté de prendre mon CV, au cas où. Il va de soi que je n’en attendais pas grand-chose, c’était vraiment histoire de me dire que j’avais rempli ma mission.

L’heure tourne, mon BFF propose à ceux qui le souhaitent de prolonger la conversation autour d’un bout de viande. De mon côté, j’ai pu constater au cours de la soirée que pas mal de référenceurs présents se connaissaient pour avoir déjà participé à plusieurs apéros de ce genre par le passé. Je décide donc de ne pas suivre le gros de la troupe et de rentrer chez moi, d’autant plus que j’ai déjà refilé mon CV à des gens qui n’avaient pas l’air d’en avoir envie.

 

Je suis sorti de cette petite sauterie avec des sentiments assez mitigés. En écoutant les discussions, j’ai pu constater que, malgré mon inactivité, je n’étais pas tant que ça à la masse niveau référencement. D’un autre côté, j’ai parfois trouvé certains intervenants un peu pompeux dans leur manière de s’exprimer, ce qui m’a poussé à me demander si j’étais fait pour bosser dans ce milieu. Mais peut-être que c’est inhérent à toute personne s’exprimant sur sa spécialité. Étant moi-même un gros connard prétentieux, ça ne devrait pas me choquer outre mesure.

Je n’ai de toute façon pas trop cogité là-dessus puisque j’avais des devoirs à faire : modifier mon CV et l’envoyer, d’une part à Artémis pour voir si elle pouvait me trouver du boulot, et d’autre part à Sisyphe avec qui je n’avais pas eu le temps de parler pendant l’apéro. Vu tout le bien qu’on m’avait dit de lui, ça aurait vraiment été dommage de ne pas essayer de dégoter un entretien. Vous vous doutez bien que cette histoire ne fait que commencer…

 

Générique : Klub des Loosers – Dead Hip-Hop