Vous vous en souvenez probablement, j’ai récemment (oui, bon, ça va hein…) écrit un article sur la journée-type d’un chômeur-type, en l’occurrence moi.

J’ai toutefois oublié de préciser que la plupart des tâches que j’effectuais durant ces laborieuses journées étaient souvent accompagnées par I-Télé en fond sonore - ou pas -, que je laisse tourner en boucle une bonne partie de la journée.

C’est toujours mieux que les chaînes musicales devant lesquelles je reste rarement plus de cinq minutes d’affilée, leurs programmations respectives étant proches du néant absolu en terme de qualité.

Déjà, ça me permet de rester au courant de l’actualité puisque, rappelez-vous, je lis les journaux en retard. Très en retard, même (ah, Sarkozy devrait officialiser sa candidature courant février ; c’est bon à savoir…).

Et puis surtout, l’avantage compétitif d’I-Télé par rapport aux autres chaînes d’info en continu est que les présentatrices sont vraiment trop trop…

Hum. Passons.

 

Un jour, l’air de rien, mon regard est attiré par un élément troublant à l’extrémité de mon champ de vision.

Exactement : comme pour le coup de la monstrueuse araignée qui m’avait provoqué en duel, mais en moins flippant. Au contraire même, c’est un détail réjouissant qui est porté à mon attention à cet instant précis.

Je remarque en effet, ô joie ultime, que le CAC 40 a atteint les 4000 points.

Je sens le web-poids de vos regards incrédules, et les remarques qui vont avec.

« Non mais on s’en tamponne les roubignoles avec une porte-fenêtre à isolation thermique de la marque qu’on ne citera pas parce qu’on n’est pas là pour faire de la pub, mais tu sais très bien de quelle marque on parle, celle qui fait la pub avec Jean-Marie Bigard, enfin bref c’est pas important, le but étant surtout de dire qu’on s’en tape les parties génitales avec un objet contondant, c’est-à-dire qui blesse en écrasant mais sans couper, bah oui faudrait pas que ça coupe non plus parce que bon, c’est sensible à cet endroit-là, et puis laisse tomber les dégâts si ça s’infecte, enfin voilà tout ça pour dire que le CAC 40 à 4000 points on s’en fout un peu, et c’est vrai qu’on aurait pu aller directement à l’essentiel en disant directement qu’on s’en fout mais l’image de l’écrasement testiculaire par un objet aussi improbable qu’une porte-fenêtre paraissait essentielle afin d’illustrer notre pensée, sauf qu’on a dit deux fois "essentiel" en deux lignes, on aurait peut-être pu dire "nécessaire" la deuxième fois, tant pis, trop tard, toujours est-il qu’on se contrefout que le CAC 40 ait atteint les 4000 points. »

Détrompez-vous, ce palier symbolique a son importance. Enfin, c’est ce que je me suis dit sur le moment. Mon raisonnement, clair comme de l’urine de hamster, était que ce petit événement allait entraîner des réactions en cascade. Par un miraculeux effet boule de neige, les marchés allaient prendre confiance grâce à ce chiffre rond, les cours de la bourse allaient s’envoler, les grandes entreprises obtiendraient de l’argent frais grâce à la hausse de leurs actions, elles investiraient, recruteraient, feraient bosser des sous-traitants qui recruteraient à leur tour… Bref ça allait être la fête. Pas de quoi sauver la Grèce ni fournir l’Afrique en eau potable, mais suffisant pour créer des opportunités d’emploi.

 

Comment pouvais-je être aussi sûr de moi à l’époque ? Et bien c’est très simple : indépendamment du fait que j’ai toujours raison, je sais surtout de quoi je parle ; en effet, j’ai fait des études en macro économie appliquée aux politiques nationales de développement de croissance. Jusqu’au brevet.

Et pourtant, allez savoir pourquoi, ça ne s’est pas passé comme je l’avais prévu. L’indice ne s’est pas envolé vers les 5000 points, bien au contraire. Il s’est même totalement écroulé depuis, à un niveau encore plus bas qu’à l’époque de la crise des subprimes qui avait entraîné la première cascade de licenciements et la flambée des prix du pétrole ; c’est dire la merde dans laquelle on s’est enfoncé, du genre diarrhée d’un éléphant constipé depuis 3 mois qui se serait enfilé une mixture à base de piments ultra forts, de sauce piquante, de pruneaux d’Agen et de laxatifs.*

Je me suis bien planté sur le coup. Mais bon, comme a dit Woody Allen, « l'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible. »

Et puis c’est pas pire qu’Elizabeth Teissier qui prévoyait que 2011 serait une « année géniale » pour DSK. Mais bon, c’est pas le sujet puis ce n’est pas mon genre de me moquer gratuitement des gens donc je ne vais pas m’attarder sur ses autres grandes prédictions, du style la victoire de la France à l’Euro 2008, le 11 septembre 2001 qui aurait dû être un jour positif pour les transports et les voyages, ou encore la découverte d’un vaccin contre le SIDA prévue pour 1988, 1992 puis 1997. N’insistez pas.

Qui sait, je vais peut-être finir par avoir raison – avec plus d'un an de retard. Parce que depuis quelque temps, le CAC remonte. Doucement. Pas assez vite pour être revenu à 4000 points quand je publierai cet article, mais c’est mieux que rien.

 

Si, comme moi, vous n’avez rien de mieux à foutre de votre vie, vous pouvez fouiner sur des sites financiers et chercher à quelle date le CAC est repassé au-delà des 4000 points pour la première fois depuis la crise des subprimes, ce qui vous permettrait de situer cet article chronologiquement.

La lecture en long, en large et en travers des enquêtes de Sherlock Holmes, ça laisse des réflexes.

En tout cas, moi, j’ai atteint les 4000 visiteurs. Et toc ! Remonte ton slibard, Lothar ! (© « K » again)

 

Générique : Kelly Clarkson – The sun will rise

 

* J’espère que vous êtes en train de manger ou de digérer pendant que vous lisez cet article.