Les moins chanceux d’entre nous se retrouvent parfois dans des situations très délicates, à tel point que si leur entourage l’apprend ils se retrouvent sous le feu des critiques, des regards désapprobateurs, de la pitié, de la haine ou autre. Voici une liste non exhaustive de ces situations :

- J’ai trompé ma femme

- Je suis gay

- J’ai le sida

- J’ai trompé ma femme avec un homme parce que je me suis rendu compte que j’étais gay, et en plus j’ai choppé une MST*

- Je vote FN

- J’ai aimé Avatar

- Je supporte le PSG**


Roh, humour. Bref.

Je n’ai, fort heureusement, jamais eu à subir les regards de pitié ou de dédain qu’aurait pu me valoir le fait de me retrouver dans certaines graves situations (type SIDA). Sauf pour le foot, mais on s’y fait vite. Il m’est pourtant arrivé une mésaventure similaire. Toutes proportions gardées, évidemment.

 

Un jour, sans prévenir, mon téléphone sonne. Une nana d’une agence d’intérim se trouve au bout du fil.

Tiens d’ailleurs, la même agence que celle qui m’avait fait un plan foireux précédemment.

Oh l’excuse bidon pour caler un lien vers un ancien article…

Alors je ne sais plus si j’avais postulé à une offre ou si l’agence m’appelait pour spontanément me proposer du boulot ; toujours est-il que nous commençons à parler des détails du poste, de mes compétences, de mon expérience, du métier que je souhaite exercer… Bref, la conversation classique qui prend forcément un certain temps.

Au bout de plusieurs minutes, mon interlocutrice percute quand même sur un détail important, à savoir la distance non négligeable entre mon domicile et le lieu de travail. Et la question fatidique du permis de conduire arrive. À l’époque, je ne l’avais pas. J’en informe donc cette charmante demoiselle qui me répond par un doux et poétique :

« KWAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!!!! Vous n’avez pas le permis ????????? »

 

J’aurais été foudroyé par le regard de l’autre, si cette conversation n’avait pas eu lieu au téléphone.

Comme expliqué dans un billet précédent sur les remarques stupides que l’on entend au chômage, il faut prendre sur soi et se forcer à ne pas insulter la #%$£&§ à l’autre bout du fil.

Et bim, encore un lien vers les archives…

Le temps de remettre en place mon tympan qui s’était écrasé au sol comme un américain sautant du WTC (je sais, celle-là, j’aurais pu éviter…), et je tente de rattraper le coup auprès de la demoiselle ; je lui dis que je peux voir si le lieu de travail est accessible en train, ou encore essayer de me loger le temps de la mission (c’était pour une courte période en intérim).

Peine perdue : l’incompréhension de mon interlocutrice s’ajoute à son dégoût :

« Non mais vous allez faire quoi, vous allez dormir à l’hôtel tous les soirs ??? »

Et la conversation se finit là-dessus… Enfin, on s’est dit au revoir quand même.

 

Rebelote quelque temps plus tard. Je tombe sur une offre intéressante mais le lieu exact du poste n’est pas précisé. Il est simplement indiqué qu’il se situe à 30 kilomètres de la grande ville près de laquelle j’habite.

Ce n’est pas forcément un problème car je faisais 60 bornes en train pour aller à mon boulot précédent, mais c’était vers une ville desservie par le réseau ferroviaire. Or là, si c’est un patelin paumé…

J’hésitais donc à y répondre, puis finalement une personne du cabinet de recrutement qui a posté l’offre m’appelle, car j’avais déposé mon CV sur le site où l’offre avait été publiée.

Là encore, la discussion est classique. On parle de l’offre, de mon profil… Et au bout de quelques minutes, elle lâche innocemment :

« Bon, bien entendu, vous avez le permis et une voiture… »

Bien entendu ? Ah bah non… Je la coupe pour l’informer de sa méprise et j’obtiens la confirmation que le poste se situe dans le trou du cul du monde, dans un patelin pas desservi par le train, à peine par des cars, et probablement pas par le Père Noël, la petite souris ou les cigognes porteuses de bébés.

Je lui précise tout de même que je suis proche de passer l’examen final de la conduite, donc elle me dit qu’elle conserve ma candidature pour ce poste. Je n’ai évidemment jamais été rappelé.

Bon, là ça s’est un peu mieux passé que la fois d’avant. Mais j’ai quand même été sidéré par sa remarque. Pourquoi aurais-je « bien entendu » été en possession du permis ? Ok, à mon âge (à l’époque), on ne doit pas être nombreux à être piétons, mais quand même… Et si j’avais eu le permis mais pas la voiture ? Tous les vingtcinquenaires (oui, j’aime bien inventer des mots) ont forcément le permis et la voiture ? D’après certains, il semblerait que oui…

 

Et c’est là où je me demande si les recruteurs lisent les CV… Bah oui : si j’ai le permis, je l’indique sur mon curriculum ; si je ne mets rien, c’est que je ne l’ai pas. C’est une donnée tellement importante dans un profil, même pour des postes sédentaires, que je n’imagine pas un seul instant un candidat ayant le permis et un véhicule personnel ne pas en faire mention dans une candidature.

Et pourtant, il m’est arrivé de tomber sur des interlocuteurs étonnés de constater que je n’avais pas le permis à l’époque (souci réglé depuis), alors qu’il n’y avait aucune indication à ce sujet sur mon CV.

Déjà pour un recruteur lambda je ne trouve pas ça malin. Mais là il s’agissait d’un cabinet de recrutement ! Donc le genre de personnes habituées à voir passer des centaines de CV, à les retoucher, à conseiller les candidats sur la manière de les rédiger… Et pourtant, la nana a été incapable de déduire que l’absence de la mention du permis B pouvait éventuellement signifier que je ne l’avais pas… Décidemment, les professionnels de la recherche d’emploi, hein…

Bah oui, je n’allais pas finir sans placer un énième lien vers un ancien article :-) Surtout au vu de ma productivité actuelle, ça n’est pas plus mal que je vous incite à relire les archives…

Mea culpa.

 

Générique : Bruce Springsteen – Streets of Philadelphia


 * J’ai remplacé « SIDA » par « MST » car faire le lien entre homosexualité et SIDA me vaudrait au moins le goudron et les plumes. J’ai pas les moyens de me payer un avocat.

** Je supporte vraiment le PSG. Qui aime bien châtie bien.