Avoir le cul entre deux chaises : expression familière ; se dit de quelqu’un se trouvant dans une situation dans laquelle deux possibilités s’offrent à lui, chacune des deux ayant de tels inconvénients que le choix est difficile ; synonyme : choisir entre la peste et le choléra.

On se retrouve tous constamment dans ce genre de situation délicate, à ne pas savoir comment agir. Certain(e)s, peu gâté(e)s par la nature, arrivent à astucieusement occuper l’espace au point de se retrouver sur les deux chaises à la fois*. De ces veinard(e)s, il ne sera pas question ici.

Si ces circonstances sont parfois embarrassantes, elles peuvent devenir carrément frustrantes selon les cas. Quand cela vous fait perdre un boulot, par exemple.


Le contexte : une offre d’emploi pour un poste très intéressant dans une entreprise en pleine croissance, donc très dynamique et exigeante. Je suis convoqué à un premier entretien qui se passe bien. Mon interlocuteur m’indique avec assez d’insistance qu’il faut être réactif pour ce poste, qu’il y a beaucoup de travail, beaucoup de pression.

Il me fait ensuite passer un test, consistant à exécuter une mission typique de celles qu’on me demandera si je suis retenu. Le délai est relativement court et je finis péniblement dans les temps. Le recruteur me dit que, si je suis embauché, j’aurai à refaire ce type d’exercice plusieurs fois par jour. Charmant.

Toujours est-il que je suis convoqué à un deuxième entretien avec un cadre supérieur de l’entreprise qui en remet une couche :

« Ici, on travaille toujours dans l’urgence. Il y a beaucoup de pression, vous aurez constamment quelqu’un derrière vous qui attendra vos résultats ». Le reste est dans la même veine.


Et là, bim. J’ai le cul entre deux chaises. Oui, le billet est cohérent. Non mais ho.

Que faire ? Fanfaronner, dire que la pression ne me dérange pas, que j’aime ça, que je suis meilleur quand je suis sous pression, que j’adore avoir un supérieur qui me demande toutes les 10 minutes si j’ai bien fait ce qu’il m’avait demandé ?

Ou alors, dois-je rester humble en disant que je me sens capable de travailler sous la pression et de réaliser mes missions en temps et en heure, sans pour autant être un fan absolu de ces conditions de travail ? Rien de plus, mais rien de moins non plus.

La première option, si elle donne forcément au recruteur ce qu’il a envie d’entendre, est à double tranchant. Que diront vos supérieurs quand ils se rendront compte, après quelques semaines, que le portrait que vous avez dressé de vous à l’entretien est plus ou moins éloigné de la réalité ? Avec une période d’essai de deux mois, le bluff est plus que risqué.

La deuxième option a le mérite de l’honnêteté. Son inconvénient est que… euh… bah non, je vois pas. En tout cas, sur le coup, je n’en trouvais pas.

Forcément, j’ai choisi celle-ci. Il m’a semblé pertinent de ne pas surjouer devant le recruteur, afin de ne pas passer pour un menteur invétéré prêt à dire tout et n’importe quoi juste pour décrocher un emploi.


Verdict quelques jours plus tard : l’entreprise a beaucoup hésité entre un autre candidat et moi. Mais elle a choisi l’autre, car il avait fait preuve de plus de motivation et de dynamisme.

Game over. À ne pas vouloir en faire trop, je n’en ai pas fait assez. Mais au moins, j’ai la réponse à ma question.

Je voulais montrer que je savais rester à ma place. Pour le coup, ça a marché, je suis resté à ma place. Chez moi, sur ma chaise. À défaut d’avoir choisi la bonne, j’ai encore un endroit où poser mon postérieur.

Moralité : la prétention et la vanité sont récompensées aux dépens de l’humilité et de l’honnêteté. C’est bon à savoir pour la prochaine fois. On appelle ça l’expérience, paraît-il. Mais celle-la n’apparaît pas sur un CV.

 

Générique : Roger Sanchez – Another chance**

 

* Je ne ferai pas de blague sur Valérie Damidot. Non non, n’insistez pas.

** Je ne sais pas si vous jetez un coup d’œil aux génériques d'habitude, mais cette chanson et son clip en valent vraiment le détour.

« Hello.

- Hello.

- You need help ?

- Who doesn’t ?

- Is that your heart ?

-Yeah.

- It’s big.

- It’s small now.

- Small ?

- It was bigger before.

- Scary !

- Yeah, that’s my problem.

- You wanna get a cup of coffee ?

- Yeah ?

- Yeah.

- Now ?

- Yeah, now.

- O-Ok.

- Ok. »